Pour la vie (Chapitre 4 : Inversion)

Un homme humilié et blessé par l’infidélité de sa femme se substitue, malgré lui, à son amant et bascule dans l’univers BDSM. Un texte qui explore avec force et humanité la complexité du couple, la brutalité des désirs et les conflits intérieurs. 

Je pose ma sacoche et retire ma veste. Delphine a déjà fait manger Emma et elles révisent maintenant la dictée du lendemain. Aussitôt, ma fille s’exclame :

— Papa, on pourra aller à MacDo samedi ?

— Euh… Tu sais que je n’aime pas beaucoup.

Évidemment, elle insiste. Delphine la rappelle à l’ordre.

— Accroître… Accroître…

Emma replonge le nez dans son cahier. Pensera-t-elle à ce satané accent circonflexe ? Ma femme se tourne vers moi.

— On se couche tôt ce soir. Je suis crevée. Si tu veux, y’a des trucs dans le frigo. Je n’ai pas faim.

Je trouve une barquette de taboulé industriel, cherche la date de péremption : après-demain. Je l’ouvre. Pendant ce temps, les filles rangent le cartable et partent se laver les dents. Généralement, les devoirs, c’est ma partie. Les choses se sont mises en place ainsi, naturellement, vers la fin de la maternelle, pendant le confinement de 2020. Bloqué chez nous, j’avais décidé d’apprendre à lire à Emma. Je crois qu’elle aimait passer ces moments avec moi. Malgré les crises de larmes. Malgré mon incapacité à contrôler, parfois, mon agacement. En entrant au CP, elle savait déjà lire et j’avais continué de suivre ce qu’elle faisait en classe, jour après jour. Mais ce soir, Delphine semble particulièrement pressée de retourner au lit. Une fois Emma couchée, elle file dans la salle de bain.

— Papa, tu me racontes une histoire ?

— Oui, ma puce. J’arrive.

Je m’assieds sur son lit et improvise une histoire pour l’endormir.

— Il y a très longtemps, une très jolie princesse vivait dans un magnifique château. Elle aimait beaucoup le nougat et les romans de Sartre. Un jour, un chevalier vint cogner à sa porte. Il avait des pieds musclés et un accent péruvien…

Au fur et à mesure, j’imagine les péripéties improbables qui leur tombent dessus, ne reculant devant aucune incohérence. L’héroïne se retrouve enfermée dans son donjon ? Qu’à cela ne tienne ! Elle va se servir de son diadème magique pour se téléporter. Elle arrive au pôle Nord ? Pas de problème. Elle a toujours, au fond de sa poche, une chaudière nucléaire miniature. Dans l’entrebâillement de la porte, je vois Delphine traverser le salon, entièrement nue.

— Mais pourquoi le chevalier n’a pas utilisé sa clé ?

— Ah… Oui… Eh bien, c’est parce qu’il avait oublié ses mains dans le sac de la princesse.

— Mais c’est pas possible.

— Si, parce qu’en fait, le chevalier n’était pas un vrai humain. C’était un chevalier en pièces détachées !

Je termine mon récit. La princesse a abandonné son soupirant. Elle ne supportait plus son accent. Et elle part explorer l’univers dans son vaisseau spatial avec Ursula von der Leyen.

— J’ai oublié mon doudou dans le salon.

Je vais le chercher, le lui rapporte et lui souhaite bonne nuit.

Une douche rapide, et je rejoins Delphine dans la chambre. J’ai à peine le temps de refermer notre porte qu’elle se redresse.

— Maître, j’ai une requête un peu spéciale.

Je retire mon caleçon et me glisse sous la couette.

— Dis-moi.

— Accepteriez-vous que ce soir, exceptionnellement, nous inversions les rôles ? S’il vous plaît.

Sa demande m’intrigue. Elle a forcément un truc en tête.

— OK. Pour une fois.

Elle se lève d’un bond et va fouiller l’armoire. Elle en extirpe deux vieilles ceintures de peignoir qu’elle me présente avec un grand sourire.

— Tends tes mains, gros Obsédé.

Le titre qu’elle m’a choisi m’arrache un petit rire. Paf ! Elle me fiche une claque sur les doigts.

— Qu’est-ce qui t’amuse, gros Obsédé ?

— Rien, Maîtresse.

Elle noue les cordons fermement autour de mes poignets et m’attache à la tête du lit, sur le dos, les bras écartés. Puis elle s’installe à califourchon sur mes cuisses et baisse le visage.

— C’est quoi cette petite bite mole ? C’est ridicule.

Oh… Elle attaque fort. Suis-je censé répondre ? Pas le temps : elle s’est saisie de mon engin et le masse d’une main, sans rien dire. Je me retrouve rapidement au garde à vous.

— On va jouer à un jeu, gros Obsédé. Je vais te poser une dizaine de questions et t’as intérêt à ne pas me mentir. Compris ?

— Oui, Maîtresse.

— Est-ce que ça t’arrive de mater le cul des filles dans la rue ?

Elle effleure distraitement ma verge en l’observant d’un air ennuyé.

— Parfois, oui. Excusez-moi Maîtresse.

— Mouais. Pas grave. T’es un obsédé. Tu n’y peux rien. T’as déjà parlé de notre vie sexuelle à tes potes ?

— Non, Maîtresse. Jamais.

— Ah bon ? T’en as honte ? 

— Pas du tout. C’est juste que…

Elle titille le frein de mon gland du bout des doigts, faisant sursauter ma queue. Un grand sourire se dessine sur son visage.

— Petite bite, mais rigolote. Question suivante : En tant que Maître, ça te plairait de m’exhiber ?

— Heu… L’idée est excitante, mais, dans la pratique, je ne…

Aïe ! Elle vient de me filer une claque sur les couilles.

— Fais des réponses courtes. Ça te dirait qu’on fasse un plan à trois avec un autre mec ?

Elle se penche un peu en avant et fait dégouliner sa salive sur ma verge. Entre ses insultes humiliantes et ses gestes inhabituels, je me sens déstabilisé, et troublé. Je n’ai plus mes repères. Qu’est-ce qu’elle a demandé au fait ? Ah, oui.

— Non. Mais je crois que je pourrais me forcer, Maîtresse.

Elle crache dans sa main et vient saisir ma queue.

— Et tu aimerais me regarder baiser avec une femme ?

— Si je sais que vous y prenez plaisir, peut-être. Surement. J’aurais par contre…

Paf ! Une nouvelle baffe dans les boules.

— Trop de mots ! Fais court !

Sa main coulisse maintenant le long de mon membre. Très lentement. Je serre les fesses sans m’en rendre compte.

— Et une séance SM ? Tu voudrais m’attacher et me fouetter ?

— Si ça vous plaît, oui, beaucoup. Sinon, absolument pas.

Je crispe mes cuisses, craignant d’avoir encore trop parlé. Mais elle m’épargne. Elle continue juste de me branler au ralenti.

— Tu préfères me baiser par la bouche, chatte ou le cul ?

— Les trois à la suite, Maîtresse.

Sa main s’est immobilisée. Elle fait maintenant tourner son pouce sur mon frein. Putain, si elle n’arrête pas, je vais jouir direct.

— Qu’as-tu fait de la lettre que je t’ai écrite ?

— Je… Oh ! Je l’ai rangée précieusement.

Affichant toujours un grand sourire, elle me regarde d’un air amusé, ou complice, je ne sais pas. Elle recommence ses vas-et-vient.

— Tu préférerais me pisser dessus, ou que je te pisse dessus ?

J’essaye de m’imaginer en train d’uriner sur elle. Bof. Et l’inverse ? Oui, ça semble plus excitant. 

— Que vous me pissiez dessus, Maîtresse.

Sa seconde main vient empoigner la base de ma verge. Au plus bas. L’autre s’active un peu plus vigoureusement. Elle me fixe toujours, plongeant son regard au fond de mon âme. C’est trop. Je ne vais pas tenir. J’ai déjà envie de gicler. Elle mime un baiser qu’elle m’envoie. Puis baisse les yeux vers mon sexe. Elle se met alors à me branler énergiquement. Mon corps se tend. Mon plaisir, imminent, vibre comme une démangeaison insupportable au creux de mon ventre. Je sens l’orgasme arriver pour me libérer… Oui. Ça vient ! Ça vient ! Elle retire brusquement sa main. Non ! Elle fait quoi ?

Malgré mes halètements suppliants, elle reste figée à observer mon sexe dressé. Il tremble stupidement, telle une tortue retournée sur le dos qui tendrait désespérément le cou. Il faudrait juste qu’elle me serre entre ses doigts, qu’elle continue un peu, qu’elle tire sur ma peau. Mais non. Rien. À part ma bite qui tangue. Soudain, je vois mon sperme suinter paresseusement de mon méat et dégouliner, lamentablement, le long de ma queue. Delphine explose de rire.

— Rhoo ! C’est vraiment pitoyable ! Regarde-moi ça !

Je ne comprends pas. Je viens d’éjaculer, sans rien ressentir. Pas de spasmes jouissifs. Pas de plaisir. Pas de libération. Au contraire, ma tension semble encore plus grande. Mon corps attend comme un con un train qui vient juste de passer. Une énorme frustration me noue le ventre. Mais qu’est-ce qu’elle m’a fait ? Elle continue de rire.

— Ah ! Ah ! Je n’ai jamais vu un truc aussi ridicule. Eh ! Franchement, tu trouves pas ça marrant ?

La salope ! Elle se fout de ma gueule. Et elle en rajoute. Elle peut courir, je ne répondrai pas. Aïe ! Putain ! Elle vient de me balancer une pichenette sur le bout de la bite.

— Oui, Maîtresse. C’est hilarant.

Je suis totalement abasourdi. Mon esprit réclame encore d’être délivré, mais c’est un fusil à un coup. Et la cartouche s’est enflammée sans tirer, sans feu d’artifice. Un pétard mouillé grotesque. Mais je continue de bander. Et bien dur en plus !

— Bon, tu ne m’en voudras pas. Hein, gros Obsédé ?

Elle se redresse légèrement, guide ma queue vers son vagin et s’y empale. C’est horrible ! Trop fort. Mes terminaisons nerveuses hurlent à la saturation. Pourtant, j’ai envie de baiser. Ça oui ! J’essaie de calmer le feu, de me concentrer pour faire revenir mon plaisir. En pure perte. Elle me chevauche en ondulant lascivement. Elle se masse les seins, se pince les tétons. Et elle accélère. Elle se caresse la chatte et gémit devant moi. Je ne suis qu’un godemichet humain.

Je serre les dents en l’entendant jouir. Espèce de pute ! Elle se retire, regarde sa main pleine de mouille et l’essuie sur mon visage. Puis elle part prendre sa douche, me laissant attaché, le bas du ventre couvert de foutre. Quand elle revient, elle éteint la lumière.

— Bonne nuit, gros Obsédé.

Elle va me laisser comme ça ? Avec cette frustration désespérée ? Dans cette position humiliante ? Pas possible. Une image me revient en tête : la pipe après la sodomie. 

— Merci, Maîtresse. Bonne nuit.

Je ne vais jamais réussir à m’endormir. Je reste, les yeux ouverts, à fixer le plafond dans le noir.

Au matin, je me réveille endolori, les bras ankylosés.

— Tu m’en veux ?

Elle me regarde avec une tendresse teintée d’un soupçon de culpabilité. Je baisse mon visage. Je ne bande plus. Par contre, mon sperme séché donne l’impression d’une vilaine maladie de peau. Je soupire.

— Non, ma belle. Mais t’y es quand même allé fort.

— Tu te vengeras…

Je tourne la tête vers elle. C’était donc ça ? Elle voulait me fournir un alibi moral ? Une excuse pour que je repousse encore mes limites ? Je souris. Elle va voir, la Salope.

Deux jours sans la toucher, ni même l’effleurer. Il y a encore deux mois, cela n’aurait rien eu de surprenant. Au contraire. Mais maintenant, cette abstinence forcée est lourde de sens. Et j’entretiens le trouble que je décèle chez elle. Je sens bien qu’elle doute d’être allée trop loin, de m’avoir blessé dans ma virilité. Bon, j’avoue, il y a un peu de ça. C’est surtout qu’elle a mis en lumière mes lacunes. Ayant peur de dévoiler mon ignorance, je n’avais pas pensé à la questionner sur ses désirs. Pas une seule fois. J’ai cru que je devais me comporter comme un expert omniscient. Encore une fois, je me suis fait leurrer par la figure de ce putain de mâle alpha. Elle m’a donné une leçon que je compte bien retenir. En attendant, je vais quand même la laisser patienter au milieu de ses doutes. 

La journée s’étire à n’en plus finir. Répondre aux e-mails, organiser une réunion avec un partenaire, relire les notes de la semaine précédente, valider les congés… Toutes ces tâches ne semblent avoir qu’un seul but : me plonger dans une léthargie profonde et m’empêcher de réaliser que je perds mon temps. Généralement, je parviens à trouver de petites motivations dans mon travail, mais, aujourd’hui, rien ne me paraît plus futile. Sylvain est debout, en face de moi, en train de nous présenter la nouvelle architecture distribuée. Ça ne parle que de microservices, de bus de communication, de répartiteur de charge, de clusters… Je connais tout cela. J’ai été formé pour. Mais je n’y vois strictement aucun intérêt. C’est tout au plus de la plomberie. Mon téléphone vibre dans ma poche : « Votre commande a été livrée. » Je souris bêtement. L’instrument de ma vengeance. Face à moi, l’autre continue de parler des avantages de migrer l’infrastructure chez un hébergeur américain. Pourquoi ? Plus jeune, je rêvais de toucher l’âme des gens, par la peinture, la musique ou l’écriture. Mais les profs avaient décelé en moi une facilité pour les mathématiques. Triste don du ciel. On m’avait orienté vers les sciences et, puisque c’était le domaine le plus lucratif, vers l’informatique. Avec le recul, je me dis que je n’étais sans doute pas fait pour les arts. Sinon, ne me serais-je pas affirmé plus fermement ? Au final, me voilà à devoir valider des graphiques remplis de carrés, de flèches et de triangles. Allez, courage ! Dans deux heures, je rentre chez moi. Je pourrais jouer un peu de guitare pour me relaxer… Et décortiquer le mode d’emploi de mon nouveau gadget.

Le colis, emballé de cellophane noir opaque, est en effet dans notre boîte aux lettres. Je suis excité comme un gamin venant de recevoir la figurine de son héros préféré. J’entre dans l’appartement sans faire de bruit. La nourrice est en train de tapoter sur son téléphone pendant qu’Emma répète une valse au piano. J’emporte discrètement mon petit coffret dans la chambre pour l’y cacher. Si ma fille l’aperçoit, elle va insister pour l’ouvrir. Elle imagine que tout ce qui arrive par la poste est forcément pour elle. La plupart du temps, c’est vrai. Mais là, je n’ai pas envie de lui expliquer que le contenu est pour sa mère et encore moins ce dont il s’agit. Je retourne dans le salon.

— C’est toujours OK pour demain ? Vous pouvez garder Emma jusqu’à 23 h ?

La nounou me confirme en ajoutant qu’elles ont prévu de visionner « Kiki, la petite sorcière ». Puis elle me souhaite une bonne soirée. Oui, vous aussi. Bon, qu’est-ce qu’on a dans le congélateur ?

Une fois Emma endormie, on comate avec Delphine devant une série policière, affalés dans le canapé. Un scénario tiré par les cheveux. Un flic alcoolique doit enquêter sur un meurtre dans une maison close clandestine. Ça me gave. J’ai mieux à faire. Je me lève et vais récupérer le colis dissimulé derrière mes t-shirts, puis je file m’enfermer dans la salle de bain pendant un bon quart d’heure.

À l’écran, le personnage principal, encore bourré et en proie à ses démons, interroge une pute dans un bar sordide. Delphine mate des vidéos sur son mobile, d’un air absent. Le keuf devrait être offensé du manque d’intérêt qu’on lui porte, mais il a probablement conscience qu’il joue dans une bouse. Sans conviction, il continu de questionner la junkie alors que je m’approche de Delphine. 

— Tiens, Salope.

Je lui tends l’objet. Elle se redresse légèrement, le regarde et relève les yeux vers moi.

— Demain, on se retrouvera à 20 h au Club 120. Tu devras porter ce truc. C’est très simple. La grosse extrémité s’insère dans le vagin. Il y a un petit flacon de lubrifiant pour aider. La languette se place le long de la fente. Des questions.

— D’accord… Est-ce que je devrais m’habiller d’une quelconque façon, Maître ?

— Rien de spécial. Un jean moulant. Je te laisse voir pour le reste.

— Bien, Maître.

— Montre-moi que tu sais l’installer.

Un sourire au coin des lèvres, elle baisse son pantalon, puis fait glisser son string. En écartant les cuisses, elle me jette un œil pour vérifier qu’elle a mon attention. Hors de question que je laisse transparaître mon excitation. Je l’observe d’un air détaché, tel un professeur blasé. Une noisette de liquide gélatineux et elle commence à insérer la partie épaisse dans ses profondeurs. Elle applique ensuite la languette entre ses lèvres, puis redresse les épaules et me regarde avec malice.

— OK. Enlève ça, va le rincer et mets-le à charger pour la nuit.

Elle semble désappointée. C’est tout ? Pas de petit avant-goût ce soir ?

— Allez, Salope. Bouge-toi. Tu auras de quoi t’amuser demain.

Pour la vie (Chapitre 3 : La lettre)

Un homme humilié et blessé par l’infidélité de sa femme se substitue, malgré lui, à son amant et bascule dans l’univers BDSM. Un texte qui explore avec force et humanité la complexité du couple, la brutalité des désirs et les conflits intérieurs. 

Delphine est encore endormie. Je me lève discrètement pour ne pas la réveiller, j’enfile un caleçon et je tourne le verrou de la porte. Au départ, on a culpabilisé en bloquant ainsi l’accès à notre chambre. Est-ce qu’Emma se ressentirait rejetée si elle s’en apercevait ? Mais l’idée qu’elle déboule à l’improviste, et qu’elle voie papa mettre son zizi dans la bouche de maman nous a convaincus. On ferme.

Quand un enfant arrive dans la vie d’un couple, tout est chamboulé. Ce nouvel être requiert une attention constante. Il devient le centre du monde et le couple s’efface devant lui, pour lui. Les legos, les peluches, les livres et les poupées envahissent le salon. Les murs se couvrent de dessins, le canapé est souillé de peinture, les étagères s’encombrent de photos de familles. Notre agenda se règle sur le sien. École, activités sportives, anniversaire des copines, devoirs, piano, nourrice, médecin… Et on est heureux. Réellement. Mais la passion du couple disparait. Elle n’a plus l’oxygène nécessaire à son épanouissement. On baise presque par obligation, supposant que c’est important. Impossible de faire monter progressivement le désir durant la journée. Comment glisser un « j’ai envie de toi » à l’oreille de Delphine, dans la salle d’attente de l’orthodontiste ? Comment entretenir l’excitation quand une pile de linge s’amoncèle à côté de la machine à laver, que le sol est recouvert de céréales écrasées et que mon manager m’envoie un mail à 20 h pour me demander si j’ai bien relancé l’équipe technique au sujet des ressources inutilisées ? Je crois qu’on ne se posait même plus la question. On avait passé l’âge.

Mais aujourd’hui, tout cela a changé. Les contraintes sont les mêmes, bien sûr, mais nous avons sacralisé un espace pour nous. D’autres trouvent certainement des moyens différents, peut-être par le biais d’activités sportives ou artistiques communes ou en fixant des limites plus franches avec leur enfant. Mais j’en doute un peu. Je vois trop de couples finir par mener solitairement leur besoin d’épanouissement personnel. Monsieur va faire de l’escalade; madame va au Pilate. Monsieur va mater un match avec ses potes; madame ira boire un verre avec sa copine. Même les instants libres finissent par éloigner les anciens amoureux. Par conformisme ? Non. Juste parce que c’est plus simple. Parce qu’on n’est pas fait pour mener tous les combats de front.

Emma est rivée à l’écran. Hypnotisée par cette lucarne dans laquelle un jeune sorcier binoclard explore les couloirs sombres d’une vieille bâtisse.

— Tu peux regarder encore un quart d’heure, ensuite tu vas t’habiller.

Elle ne répond pas. Je ne suis même pas certain qu’elle m’ait entendu.

— Emma !

Elle se retourne et découvre que je suis là. Je réitère ce que je viens de dire, lassé. Nos journées sont faites de ces répétitions. Je me fais un café, je l’avale et je vais enfiler un pantalon. Il y a un tas de casseroles sales à laver. Hier soir, je n’ai pas eu le courage. Je m’y attèle quand Delphine sort de la chambre. Elle m’a piqué un t-shirt. Elle embrasse Emma, puis moi, et elle fonce aux toilettes. En revenant, elle prend un bol et y verse du lait.

— Il faut qu’on achète du détartrant, dit-elle. Le lavabo de la salle de bain est dégueulasse.

Les mains pleines de mousse, cette réflexion me casse le moral. Elle a évidemment raison, mais cette phrase anodine résonne comme une saillie du quotidien banal qui refuse de battre en retraite.

— Oui. On doit aussi trouver un bouquin pour l’école.

J’hésite vaguement en regardant Delphine reposer la bouteille.

— Salope.

Elle jette un œil furtif à Emma, puis revient sur moi l’air amusé, mais un peu inquiet.

— Oui, Maître ?

— Trempe ma queue dans ton bol.

Je me concentre sur le gras des casseroles, cherchant par tous les moyens à ne pas bander. À l’abri de l’ilot qui nous sépare du salon, elle déboutonne mon pantalon rapidement, baisse légèrement mon caleçon, et plonge mon sexe dans le liquide immaculé. Putain, c’est froid.

— Mélange un peu.

Elle fait alors tourner ma bite dans son breuvage. Lentement. La crasse de l’évier n’est plus suffisante à calmer mon ardeur et ma verge se redresse.

— Bravo. Nettoie-moi ça et va prendre ton petit déjeuner.

Elle s’exécute, léchant et avalant sa touillette improvisée avec une gourmandise ostentatoire, puis remballe le tout et va s’assoir à côté d’Emma, emportant sa boisson.

Une fois que j’ai terminé, je les rejoins et je récupère l’assiette d’Emma et le bol de Delphine en lui demandant si c’était bon.

— Oui. Délicieux. Merci, M…

— Je t’en prie, Delphine. Ne tardez pas trop, on part au supermarché dans vingt minutes.

L’après-midi, on rejoint Sylvie, une bonne amie de Delphine, à la terrasse d’un café où elle nous attend en fumant clope sur clope. On se claque la bise et on s’installe. Les pipelettes démarrent au quart de tour. Je les écoute d’une oreille très distraite, jouant à un jeu de cartes avec Emma. J’ai une sorcière, un prince charmant couvert de morve et une poule en costume de centurion en main. Je crois que je n’ai toujours pas bien compris les règles. Soudain, la voix de Sylvie se fait plus discrète. Je tends l’oreille.

— Il n’arrête pas de me dire que je vais aimer, mais il me gonfle. Pourquoi les mecs sont obsédés par la sodo ? Ils n’ont qu’à aller se taper d’autres mecs ! J’ai pas raison ?

— Pfff. Tu sais, moi, je suis loin de tout ça. Sam n’aime pas ces trucs pervers. 

Mince : une licorne ! A priori, c’est plus fort que le dragon en slip. Emma éclate de rire et ramasse les cartes.

— Rhoo, reprend Sylvie ! Faut que je te dise ! Tu sais, Laura, la fille du département des achats, elle s’est tapé le livreur sexy, dans la salle des fournitures !

— Noooon ! La saloooope ! 

Là, je ne peux pas laisser passer ça ! L’occasion est trop belle. Je m’incruste dans la conversation, gardant les yeux sur mon jeu.

— Delphine, je trouve que c’est pas sympa de traiter ainsi une fille qui n’a rien fait de mal. Comment tu le prendrais si je t’affublais de ce nom de… Salope ?

Sylvie vient à sa rescousse, expliquant qu’il ne s’agit que d’une expression, que ce n’est pas méchant. Delphine s’est cependant redressée. Je vois à son regard que son esprit tourne à plein régime, cherchant un moyen de répondre. Elle se lance.

— Je pense que je comprendrais que, dans votre bouche, ce ne pourrait pas être une insulte — elle se force à tousser — Maître.

Bien joué. Elle s’en sort bien. Je ne vais pas pousser plus loin ce jeu dangereux, mais je m’autorise une dernière petite taquinerie. Je me penche à son oreille, pour lui faire un bisou, et je lui murmure d’aller aux toilettes, d’enlever sa culotte et de me la ramener. Elle se lève tandis que Sylvie s’allume une nouvelle clope.

— Papa, ça veut dire quoi salope ?

— Oh… Eh bien… C’est un très vilain mot pour décrire une femme qui fait ce qu’elle veut, même si cela ne plait pas aux autres. Mais tu ne dois pas le dire.

Delphine nous rejoint et me glisse discrètement sa culotte dans la main. Je mets fin à son supplice en prononçant son prénom.

— Delphine, ma chérie, on va vous laisser entre vous. On doit passer à la librairie. On se retrouve à la maison ?

— À tout à l’heure, mes amours.

Le soir, allongé dans notre lit à ses côtés, je lis le roman de science-fiction que je viens d’acheter. Une histoire qui se déroule dans un futur proche où les comportements sociaux ont été remis en cause suite à une pénurie énergétique. Une intrigue sans originalité. Mais il parait que c’est bien écrit et qu’il y a de nombreux passages sulfureux. Soudain, Delphine interrompt ma lecture.

— Traite-moi de Salope, s’il te plait.

C’est la première fois qu’elle me demande ça. Nous n’avons jamais défini de règle, mais, implicitement, je pensais être le seul à pouvoir déclencher cette bascule.

— OK. Qu’est-ce qu’il y a, Salope ?

—  Merci, Maître. Puis-je vous poser une question un peu délicate ?

— Je ne te promets pas de répondre, mais vas-y.

— Voilà, il y a presque deux semaines, vous… Enfin… Vous êtes passé par l’entrée des artistes. Vous n’avez pas apprécié ?

Mince. Je ne m’attendais pas à cette question. L’entrée des artistes… J’aime bien. Sous les draps, je sens déjà ma verge se réveiller en redressant lentement le bout de son gland.

— Si. Bien sûr. J’ai adoré.

— Mais alors ? Pourquoi… Bah… Pourquoi n’en profitez-vous pas ?

Dois-je lui dire que je doute qu’elle en ait vraiment envie et que j’ai peur qu’elle en souffre, d’une manière ou d’une autre ? D’une certaine façon, ce serait renier mon rôle de Maître et lui dénier son titre de Salope. Je dois trouver autre chose.

— Je vais te donner un exercice à faire : rédige-moi une lettre de motivation.

— Pour que vous usiez de ce droit plus fréquemment ?

— Voilà.

Elle se lève, vas chercher une feuille et un crayon, et reviens s’allonger.

— Non, Salope. Installe-toi en te tournant vers le pied du lit, les fesses en l’air.

Elle se retourne et je me retrouve à admirer son cul sous mon nez. Pendant qu’elle écrit, je tente de reprendre ma lecture, en vain. Mes yeux ne cessent de revenir sur sa fente délicatement ouverte, ses délicates lèvres roses et moites, ses fesses gracieusement écartées, et son anus sombre, superbe petit orifice fripé. Ma bite ne cherche plus à faire semblant et se dresse avec convoitise. Delphine est en train de rédiger les raisons pour lesquelles je devrais l’enculer plus souvent. Mon Dieu ! Comment rester maître de moi-même ? J’abandonne définitivement ma lecture.

Au bout de vingt minutes, elle tourne la tête vers moi.

— J’ai fini, Maître. Acceptez-vous de lire ?

— Donne-moi ça, mais ne change pas de position.

« Mon Maître,

Je vous demande humblement de lire cette requête que je vous adresse.

Il y a quelques semaines, vous m’avez fait l’honneur de me sodomiser pour la première fois de ma vie. En faisant cela, vous m’avez fait découvrir un univers que j’ignorais et, surtout, vous m’avez libérée. Je souhaite donc vous expliquer pourquoi je vous implore d’en abuser.

Je me suis perdue, croyant pouvoir retrouver une étincelle en explorant des chemins obscurs qui m’ont mené à cette chambre d’hôtel. Un dieu bienveillant devait cependant veiller sur moi et il vous y a guidé pour me sauver. Je traine malgré tout le fardeau de mes actes, une faute qui obscurcit mes pensées et qui entrave ma liberté. La sodomie, ce geste que je ne peux rattacher qu’à vous, représente ma rédemption. Ce n’est pas une dette que je vous paye. C’est ma façon de remettre de la lumière là où les ombres s’étaient immiscées.

Ne supposez pas que mon désir se borne à cela. Je vous veux dans mon cul pour bien d’autres raisons. Sachez, que rien ne me fait ressentir autant à quel point je vous appartiens et à quel point je peux m’abandonner. Votre queue, enfoncée dans mes entrailles, me libère de toutes les injonctions qui pèsent sur ma vie. Je ne suis plus dans l’imposture de cette femme forte, raisonnée, efficace et responsable. Je ne suis plus la directrice stressée ni la mère angoissée. Je suis juste votre femme, votre Salope, et vous m’utilisez pour votre unique plaisir.

Je dois aussi vous avouer des raisons plus difficiles à expliquer. Si vous daignez observer ma vulve trempée, vous comprendrez à quel point cela m’excite. Mais je ne saurais vous dire pourquoi. Peut-être parce qu’il s’agit d’un interdit ? Ou parce que j’ai le sentiment que cela me rend exceptionnelle ? Imaginez-vous que beaucoup de femmes écrivent de telles lettres à leur mari ?

Je sais aussi que vous avez toujours été sensible à cela. Vous me l’aviez laissé comprendre, il y a longtemps, avec retenue et respect. Je sais que cela représente une obsession tenace que vous canalisez avec effort. Je l’ai senti quand vous avez ouvert mon anus. Vous n’étiez plus que désir brut, sans fard ni masque, animal dévasté par vos pulsions et… votre amour. S’il vous plaît, partagez cela avec moi. Ne me laissez pas à l’écart.

Pour tout cela, et bien d’autres choses, je vous implore de m’enculer quand l’envie vous en prend. Sans analyser. Sans tenter de savoir si c’est le bon moment. Prenez mon cul pour vous satisfaire… et combler votre Salope.

Merci, Maître. »

Je repose la lettre sur mon ventre. J’ai dû relire plusieurs fois certaines phrases pour en comprendre le sens profond. Je viens de recevoir une leçon. Je ne dois pas me contenter d’être un chef d’orchestre. Je dois m’impliquer en acceptant de me mettre entièrement à nu. Je dois me montrer tel que je suis en assumant toutes mes pulsions. Même celle que j’ai toujours voulu retenir.

Je me redresse et pose mes mains sur son cul. Je dois faire ce dont j’ai envie, lui laisser voir ce qui me tiraille, ce qui m’excite, ce qui m’émeut. Je lui écarte les fesses et descends mes lèvres le long de son sillon secret. Je prends mon temps. Pas pour masquer mon empressement ni pour lui être agréable, mais juste pour savourer cet instant. J’embrasse son anus en l’effleurant, comme une fleur fragile et précieuse. Je me sens si bien, tellement apaisé malgré la fièvre qui s’empare de moi. Ma langue se fait large pour venir recouvrir l’orifice intime de celle que j’aime. Je la lèche, de haut en bas, de gauche à droite, laissant le désir s’accroître en moi. Mes mains se font plus avides et étirent encore plus les masses charnues qui encadrent mon visage. Ma langue se tend et s’insinue là où elle ne devrait pas, forçant l’entrée interdite. Avec délice et détermination, elle cherche à s’introduire toujours plus profondément. Les soupirs d’allégresse et d’envie de Delphine font gonfler mon appétit. L’anneau sacré se détend peu à peu, m’offrant un passage vers mes inclinations les plus inavouées. Je voudrais glisser jusqu’au fond d’elle.

Je me redresse, bave abondamment sur ma queue et viens la plaquer contre le cul de ma femme. Je m’enfonce lentement, profitant des sensations exquises que cela me procure, laissant s’échapper mes râles de plaisir. Delphine pousse un long gémissement de satisfaction au fur et à mesure que j’envahis ses chairs. J’agrippe fermement ses hanches et termine par m’engloutir, totalement.

— Putain ! Ton cul ! Ton cul me rend fou !

— Il est à vous, Maître.

Aucun homme n’a connu la plénitude absolue que je ressens actuellement, ma queue entièrement plongée dans le rectum de Delphine. Je ne suis plus son Maître. Je suis son esclave submergé de gratitude. Je veux le lui hurler. Mais je ne dois pas. Et puis merde !

— Je t’aime, Salope, tu n’imagines pas à quel point.

— Je sais, Maître. Je le sens.

Et je commence mes va-et-vient, profond et lent. Elle soupire lascivement, se cambre, ondule sous mon regard. Je souhaiterais faire durer cet instant indéfiniment, mais une tension irrépressible s’impose à moi, comme un réflexe primal surgissant du fin fond de mon être. J’accélère. Je veux jouir au fond d’elle. Dans son cul. Elle gémit. Fort. Les doigts crispés sur les draps. Putain ! Même comme ça… Même quand je l’encule. Elle est belle. Comme une déesse. J’arrive au point de rupture. Je m’enfonce au plus loin pour me déverser en elle. Mon plaisir explose dans un rugissement qui remonte de mon sexe jusqu’à ma gorge. Elle pousse des gémissements stupéfiants qu’elle étouffe dans le matelas.

— J’ai joui, Maître. J’ai joui !

Est-ce réellement possible ? Dit-elle ça pour me faire plaisir ? Je ne l’imagine pas me mentir. Pourtant, il ne me semble pas que ce soit physiologiquement possible de jouir ainsi. Je me renseignerai demain sur le net. Maintenant, je veux juste qu’elle se presse contre moi.

Pour la vie (Chapitre 2 : Restaurant)

Un homme humilié et blessé par l’infidélité de sa femme se substitue, malgré lui, à son amant et bascule dans l’univers BDSM. Un texte qui explore avec force et humanité la complexité du couple, la brutalité des désirs et les conflits intérieurs. 

Cela fait trois jours maintenant que notre relation s’est réinventée… par accident. Je ne me suis pas senti aussi bien depuis longtemps, mais, par instants, une curiosité morbide vient me tourmenter. Pourquoi ce mec ? Comment l’a-t-elle rencontré ? Combien de fois se sont-ils vus ? Des interrogations entêtantes qui font planer une ombre néfaste sur nous. Est-ce que des réponses m’apporteraient quoi que ce soit ? Non. Rien. Au contraire. Je dois enterrer ces questions profondément, les couler dans un béton de plusieurs mètres et ne jamais y revenir. Et, tant qu’à faire, je balance ce mec en costard gris avec. Adieu, gros con ! Quelles qu’en aient été les raisons, et quoi que cela ait pu signifier, je dois considérer qu’il ne s’agissait que d’un coup de pouce, un peu vicieux, du destin pour faire revivre notre couple. Rien d’autre.

De plus, je dois rester concentré sur le moment présent. Le rôle que j’ai pris, sans le comprendre sur l’instant, n’est pas accompagné d’un trône sur lequel je pourrais me vautrer en tyran tout puissant. Être le « Maître » de Delphine ne signifie pas que je puisse donner libre cours à mes fantasmes au gré de mes caprices. Non. Ce costume que j’ai endossé est une responsabilité plus qu’un privilège. Il m’oblige. Car le centre de gravité de cette relation nouvelle, ce n’est clairement pas moi. C’est elle. Chacun de mes actes doit être pensé pour l’impact qu’il aura sur elle. Je crois d’ailleurs que c’est ce qui m’excite le plus. Le contrôle que j’ai acquis n’a qu’un but : l’éveiller, la surprendre, l’exalter, la faire se sentir vivante, à tout instant. Et pour cela, je dois m’appuyer sur mes pulsions, mes envies et mes obsessions. Et non les rendre centrale.

Le premier jour, j’ai passé la matinée à me documenter sur le web. Est-ce qu’il y avait des choses importantes à savoir quand on débute dans le domaine de la « domination » ? A priori, oui. Un sacré paquet ! C’est un monde surchargé de règles, de codifications, de rituels, de contrats, de listes, de mots de sécurité, de symbolique… Un monde où le dominant est un mâle alpha, saturé de puissance incarnée, mu par un esprit de compétition et certain de sa supériorité. En bref : pas moi. Au cours de ces lectures, j’ai pu glaner divers conseils intéressants, et identifier quelques pièges à éviter, mais je suis arrivé à la conclusion que nous n’étions pas un couple BDSM. Après tout, Delphine n’est pas ma Soumise : c’est ma Salope. Et j’aime cette subtile distinction. Cela reflète mieux la force intérieure de ma femme, sa volonté, son intelligence et sa liberté profonde.

Hier soir, jugeant que c’était important, j’ai utilisé le mot magique. Une pipe, une fessée et une levrette énergique. À peine terminé, j’ai compris que j’avais merdé. Elle ne m’a pas accordé cette emprise sur elle pour que je finisse par reproduire le train-train répétitif d’un couple banal. Il ne s’agit pas d’un jeu de rôle pour pimenter gentiment nos parties de jambe en l’air. Je dois m’investir, prendre ça au sérieux. Au travers de ce que je lui demande, elle doit se sentir unique, à part, hors du commun. Le but n’est pas l’orgasme. Pas seulement, en tout cas. J’ai donc pris cette décision : notre quotidien ne doit jamais être comparable à celui des autres. Il doit être marqué au fer de l’exigence, du décalé et de l’inavouable. Et il doit être ponctué d’événements percutants et mémorables. Après y avoir réfléchi longuement, j’ai demandé à la nourrice de rester avec Tom ce soir et j’ai réservé une table pour deux, dans une brasserie chic du boulevard Saint-Marcel.

J’arrive avec un peu d’avance, comme d’habitude. Le serveur me mène à ma table et me demande, d’un ton mielleux, si je souhaite boire quelque chose en attendant madame. Je lui commande un whisky. Inconsciemment, j’ai sans doute été influencé par ces histoires de mec hyper charismatique qui imposent leur présence virile tout autour d’eux. Idée stupide. Je n’aime pas du tout ce genre d’alcool. Tant pis pour moi.

Dans le miroir, je finis par voir Delphine qui me cherche du regard. Qu’elle est belle ! Je lui fais un signe de la main. Elle me répond d’un hochement de tête et se fraye un chemin entre les tables, illuminant tout l’espace de son sourire radieux. Elle porte un chemisier blanc, très légèrement bouffant, un jean moulant et des sneakers. Une élégance simple tout à son image. Un petit bisou, un « bonsoir, mon amour » et elle s’assied face à moi. Le serveur nous apporte le menu, nous récite la liste des plats du jour, et retourne s’occuper des autres clients. Jouant machinalement avec le médaillon à son cou, elle parcourt la carte d’un air vaguement absent. Elle a forcément compris que j’ai quelque chose en tête. A-t-elle peur d’être déçue ? Je chasse vite cette idée de mon esprit. Bien ! Je sais ce que je vais prendre. 

— Pour moi, ce sera le filet de bar.

— Je me tâte… Pavé de rumsteck ou confit de canard ? Allez, va pour le pavé. 

En attendant que l’on vienne prendre notre commande, on discute un peu. Elle me parle de la fusion entre son entreprise et une plus petite, des tracas que ça génère dans les bureaux, de la probable augmentation qu’elle peut espérer en ayant plus de responsabilités. Je la questionne sur le poste qu’on lui propose, sur les horaires, le nombre de personnes qu’elle aurait à gérer. Je n’ai jamais été gêné qu’elle gagne plus que moi, mais j’avoue que mon ego est un brin titillé à l’idée que l’écart se creuse encore. Peut-être que je devrais aussi accepter le job qu’un chasseur de têtes m’a partagé il y a peu.

En voyant le serveur se diriger vers nous, je fais signe à Delphine de se taire et je me penche un peu vers elle.

— Je vais passer la commande, Salope.

Elle plisse légèrement les yeux, me fixant d’un regard profond qui me transperce, puis se redresse d’un air posé, les mains croisées sur le bord de la table.

— Madame prendra le pavé de rumsteck, bleu. Pour moi ce sera le filet de bar. Amenez-nous aussi une bouteille de pouilly-fumé, bien fraîche.

— Avec plaisir.

Quelques minutes plus tard, le sommelier vient déposer le seau à glace et me fait goûter le Sauvignon avant de nous le verser dans nos verres. Une fois qu’il est parti, je m’avance, les coudes sur la table, le regard plongé dans celui de Delphine.

— Tu vas te lever, faire semblant d’avoir vaguement mal au ventre, et te diriger vers les toilettes.

Elle fronce, presque imperceptiblement les sourcils, et obéit. Je quitte la table en même temps qu’elle, la prenant par la taille et posant mon autre main sur son épaule. Je la guide vers l’endroit que nous indiquent de discrètes flèches accrochées aux murs. Une jeune serveuse, inquiète, nous demande si tout va bien.

— Oui, rien de grave.

On descend un petit escalier étroit en colimaçon et nous arrivons aux sanitaires. Je pousse Delphine vers la pièce réservée aux femmes, la fais entrer dans une des cabines vacantes et je nous y enferme. Je reste, face à elle, sans rien dire, mais exprimant mon attente d’un haussement des sourcils. Elle baisse les paupières, les relève et :

— M’autorisez-vous à vous sucer, Maître ?

— Vas-y. Mais ne traîne pas. Je ne veux pas manger froid.

Un sourire au coin des yeux, elle se mord la lèvre inférieure et me fixe du regard. Puis elle s’agenouille devant moi. Délicatement, elle déboutonne mon pantalon, le fait légèrement descendre, puis libère ma queue tendue de mon caleçon. Je bande depuis au moins vingt minutes. Elle observe ma bite comme elle ne l’a jamais fait auparavant. La bouche entreouverte, elle semble contempler un objet précieux et unique. Elle caresse son visage avec mon gland, embrasse ma verge sur toute sa longueur, fait glisser sa langue de bas en haut, puis recommence. Ses gestes sont tendres, passionnés et lubriques à souhait. Mon Dieu ! Elle a l’air fascinée, envoûtée et obsédée par mon sexe. C’est con un mec, je sais. Mais, putain, c’est tellement bon de la voir agir ainsi ! Elle pose ses lèvres autour de mon gland et les fait coulisser le long de ma peau pour m’avaler au plus profond. Alors, elle commence à me pomper en même temps qu’elle me branle, avec une ardeur sidérante. Elle est en train de me traire comme une addict au foutre qui aurait été privée trop longtemps. 

— Putain, tu suces trop bien.

J’ai oublié de lui donner son nom. Pas grave, je sens déjà que je viens. Je prends son visage entre mes mains en même temps que je lâche une journée entière d’excitation dans sa bouche.

— Whaou ! Tu es vraiment digne de ton titre, Salope.

Elle libère lentement mon sexe et, avec son pouce, presse doucement mon urètre, du bas vers le haut, pour en extraire une dernière goutte de liquide blanc visqueux qu’elle récupère du bout de la langue. Elle lève le visage, me montre sa récolte, attendant que je l’autorise à ingurgiter ma semence.

— N’avale pas. Garde ça.

Elle écarquille les yeux, fronce les sourcils, mais obtempère. Elle se relève et j’ouvre la porte. Une vieille dame nous observe d’un air choqué.

— Ma femme ne se sentait pas bien. Un truc qu’elle n’a pas pu avaler…

Nous remontons et retournons nous asseoir, en silence. Je scrute son regard. Elle semble vraiment excitée. Sublime. Cette femme magnifique se tient là, la bouche pleine de mon foutre, au milieu de ces gens aux existences mornes. Une vague de chaleur me gonfle les poumons. J’ai réussi à la surprendre.

Je saisis mon verre et prends une gorgée de ce vin frais, subtilement fruité, sans lâcher Delphine des yeux.

— Je sais que tu préfères ce que je viens de te servir, mais, quand même, ce blanc n’est pas dégueulasse.

Le serveur arrive, les bras encombrés et dépose nos assiettes. Sa politesse parait totalement décalée et ridicule. D’un geste paresseux, j’attrape mes couverts, coupe un petit bout de poisson et l’amène à ma bouche. Je mâche, sans me presser, puis j’avale.

— Bon. Ce n’est pas exceptionnel, mais ça passe.

Delphine reste stoïque devant son assiette. Par perversité, je la fais patienter encore un peu. Je prends une gorgée de pouilly, en ralentissant chacun de mes mouvements, puis je plante ma fourchette dans un second morceau.

— Tu peux avaler, Salope.

Elle déglutit, me fixant de ses grands yeux.

— Merci, Maître.

Le dîner se poursuit dans un silence équivoque qui nous enveloppe et nous isole. Nos rôles nous interdisent de laisser pénétrer l’acide du quotidien dans notre bulle. Impossible d’évoquer tous ces sujets qui érodent, peu à peu, notre soif de vivre en nous rabaissant continuellement à des tâches d’intendance. Rien n’a disparu, bien sûr, mais, en cet instant, nous nous accordons le droit de les ignorer. Aucun mot n’est nécessaire. Notre complicité est totale et rien ne pourrait nous en faire douter.

Quand on se lève pour payer l’addition, elle s’approche de moi.

— J’ai besoin de passer aux toilettes, Maître.

— Plus tard. Une grande fille comme toi peut bien se retenir un peu. Allez, viens.

Elle semble ne pas comprendre, mais se ressaisit et se dirige vers la sortie pour m’y attendre. Nous quittons le restaurant, bras dessus, bras dessous, et prenons la direction de notre appartement. Nous n’avons qu’environ six-cents mètres à parcourir, mais je ralentis volontairement notre marche, empruntant même quelques détours. Je sens la main de Delphine qui serre mon bras. Je suis assez fier de ma petite perversion puérile. Au bout de quinze minutes à errer au hasard dans les rues, je me décide à rompre le silence.

— Au fait, Salope, tu as toujours envie de pisser ?

— Oui, Maître.

Je l’entraîne alors dans une impasse sombre, examinant les véhicules garés sur le côté. 

— Voilà, tu peux te soulager ici.

Je lui indique l’espace libre entre une fourgonnette et une vieille Peugeot qui semble abandonnée. Delphine prend une profonde respiration.

— Merci, Maître.

Je l’observe se mettre à l’abri des regards derrière l’utilitaire, jeter un œil inquiet aux alentours et descendre son pantalon avant de s’accroupir. Je lui tends une main qu’elle saisit et se met à uriner dans le caniveau. C’est la première fois que je la vois pisser. Après tant d’années… Les sons de sifflements, de ruissellement et de petites éclaboussures s’atténuent, puis s’arrêtent. Je lui tends une serviette que j’ai volée au restaurant.

— Tiens, tu peux t’essuyer.

Elle passe le tissu élégant entre ses cuisses et l’abandonne dans la flaque chaude qui stagne sous ses pieds. Elle se relève et s’apprête à remonter son jean, mais je l’interromps.

— Penche-toi et avant contre le fourgon. J’ai envie de te baiser, Salope.

Elle se retourne, plaque ses coudes contre la porte arrière du véhicule et se cambre. Dans la pénombre de cette ruelle déserte, son cul se présente à moi telle une perle blanche au sommet d’un tas d’ordures. Je sors rapidement ma bite pour l’écraser contre sa croupe en me penchant vers son oreille.

— Je vais te baiser comme une pute, Salope.

Je fais glisser mon membre entre ses fesses et le colle contre son anus. Elle sursaute en laissant s’échapper un petit « oh ». Mais je continue de descendre, jusqu’à son orifice moite, et je la pénètre d’un seul coup. Elle pousse un léger cri de surprise mêlée de soulagement.

— Putain, ma Salope, c’est rentré tout seul ! C’est pas possible de mouiller autant !

Je lui attrape fermement les hanches et j’attaque, directement, en la pilonnant énergiquement. Pas de lents mouvements pour l’apprivoiser, pas de caresses suaves, pas de gestes tendres. Juste ma bite qui lui ramone vigoureusement la chatte. Les grincements rouillés de la fourgonnette accompagnent les clapotis obscènes de nos sexes emboîtés. Delphine répond à mes coups de boutoir par des gémissements étouffés de moins en moins contenus. J’accélère, elle relève la tête. Elle ne maîtrise plus rien. Le plaisir la submerge. Sa voix se libère. Ses vocalises lubriques résonnent contre les murs ternes des bâtiments endormis. Au deuxième étage, une fenêtre s’illumine. Le rythme s’intensifie et la mélodie indescente se transforme en une suite d’halètements saccadés, impatients et suppliants. Elle sent l’orgasme venir et m’implore de le lui offrir. J’enfourne ma bite avec encore plus de vigueur, jusqu’au point d’orgue. Delphine lâche un hurlement d’extase impudique long et soutenu. Puis ses épaules retombent.

— À genoux, Salope. Ouvre grand la bouche.

Elle se presse de se retourner et je me branle frénétiquement, mon gland posé entre ses lèvres. Je sens la contraction se propager de mes couilles à ma queue et mon foutre gicle sur la langue de ma belle. Une fois, deux fois, trois fois…

— N’avale pas, Salope. Et dépêchons-nous de décamper. Tu n’as pas été discrète.

Sur le chemin du retour, Delphine se tient à mon bras, le visage appuyé sur mon épaule. On marche lentement, à la lueur des réverbères, profitant pleinement de l’instant. Peut-on imaginer une scène plus romantique ? À quelques pas de l’appartement, je fais une pause pour la serrer dans mes bras. Je pose mes mains sur ses joues afin de la contempler.

— Tu es magnifique. Vraiment. Tu es si belle.

Son regard est tendre, complice et rayonnant de vie. Elle semble heureuse. Moi, en tout cas, je le suis. Je la prends contre moi, l’écrasant contre ma poitrine.

— Tu as le droit d’avaler maintenant, Salope.

Pour la vie (Chapitre 1 : La bascule)

Un homme humilié et blessé par l’infidélité de sa femme se substitue, malgré lui, à son amant et bascule dans l’univers BDSM. Un texte qui explore avec force et humanité la complexité du couple, la brutalité des désirs et les conflits intérieurs. 

« Tu m’attendras ce soir, les yeux bandés, en bonne petite chienne docile. Je ne prononcerai pas un mot. Je te baiserai comme le mérite la Salope que tu es. » Je repose vivement le téléphone de ma femme, le cœur battant à tout rompre, les mains tremblantes. Elle sort de la salle de bain, attrape son sac à main et y glisse son mobile. Tout va si vite, rien ne semble réel. Je la regarde sans la voir. Un voile recouvre la réalité autour de moi. J’entends à peine sa voix — surréaliste.

— Bon, j’y vais. Je rentre tard ce soir, tu n’as pas oublié ? Je vais manger avec Anne-Laure. Ne m’attends pas. Allez, bisous.

La porte se referme.

J’ai envie d’hurler, mais cet effort me paraît insurmontable. Un néant dense et colossal emplit mon être, gonflant au fond de mes entrailles, prêt à me faire exploser. Le sang frappe dans mes veines. Je ferme les yeux. Depuis des mois, je me doutais de quelque chose, mais je refusais de le voir. Elle pianotait constamment sur son écran, elle s’achetait de nouvelles fringues, elle rentrait de plus en plus tard. Quel con ! Mais pourquoi fait-elle ça ? Depuis des années, le sexe est devenu la dernière de ses préoccupations. Quand, à de rares occasions, je viens vers elle, elle s’offre à moi sans passion, sans tendresse, juste par habitude. Par compassion. J’en ai fait mon deuil. J’ai pris l’habitude d’évacuer mes pulsions en matant des pornos ou en discutant avec de petites allumeuses sur le net. Mais je viens de me prendre la vérité en pleine gueule : son ardeur n’est pas morte. Au contraire. Elle s’est amplifiée à un point qui me semble encore impossible à appréhender. Et c’est à un autre homme qu’elle le doit. Un homme qui est parvenu à libérer la « salope » en elle. Un homme qui a éveillé son envie d’être « chienne ». Comment fait-il pour qu’elle se sente aussi vivante avec lui ? Quel genre de sous-merde suis-je ? Elle aime les insultes ? Pourquoi ne me l’a-t-elle jamais dit ? Je sais… Je ne suis pas à la hauteur. Je suis faible, vide, insipide…

— Papa ! Tu sais où est ma gomme Naruto ?

La voix de ma fille, Emma, surgit en plein milieu de ma stupeur. Ma femme me trompe et… il faut que je cherche une gomme ?

— C’est bon. Elle était dans mon cartable. On y va ?

Sans savoir comment, je trouve la force de prendre ma sacoche, de descendre les escaliers et d’accompagner Emma jusqu’à son école. Elle me parle de Sacha qui a volé un stylo, de sa maîtresse qui explique mal, des garçons qui ne sont pas matures… Je tente de lui accorder mon attention, mais le mieux que je réussisse à faire, c’est de faire semblant. Je ne l’entends pas vraiment. Je l’écoute encore moins. Je ne suis pas là. Je l’embrasse machinalement et lui souhaite une bonne journée. Ma réalité s’effiloche devant moi. Tout se désagrège.

Tel un zombi, je me rends à la station de métro. Les gens autour de moi semblent tous vivre dans un monde parallèle. Ils continuent de vaquer à leurs occupations comme si le monde ne venait pas de s’écrouler. Je traîne mon apathie dans les couloirs bondés, dans la rue, jusqu’au bureau. Bonjour, salut, la forme ? Je tombe sur mon siège, les yeux rivés à mon écran noir. Elle le retrouve ce soir… Ce soir ! Elle va se rendre chez lui, frapper à sa porte, écarter les cuisses pour lui… Mes mains se crispent, ma mâchoire se resserre à m’en faire péter les dents. Putain ! Mais quelle pute ! Elle va aller se faire tringler pendant que j’attendrai gentiment à la maison, comme un gros connard. Et ce ne sera pas la première fois. Combien de fois lui a-t-elle sucé la bite ? Combien de fois a-t-elle eu la bouche pleine de son sperme ? La rage monte en moi, brûlante et dévastatrice. Et pourtant, je bande. Ma queue est gonflée comme elle ne l’a pas été depuis bien longtemps. Pourquoi mon corps m’inflige cette humiliation supplémentaire ?

Pendant des heures, j’oscille entre fureur et désespoir. Elle va lui offrir sa chatte. Sa chatte que j’aime tant, que je glorifie, qui ne devrait être qu’à moi. Je suis dépassé, hors-jeu, obsolète. Comment pourrait-elle avoir envie de moi ? Je fais la vaisselle ? Génial ! Je sors la poubelle ? Fantastique ! L’autre la traite de chienne, et la voilà qui accourt, la fente ruisselante ! Non. Je n’accepte pas. Hors de question ! Je me lève et traverse le couloir. Un collègue m’appelle. Je ne comprends pas ce qu’il dit, mais j’en ai rien à foutre. Je quitte l’immeuble et traverse la rue sans même regarder. Bus 61, direction Pantin. Je vais aller lui parler au taf. Elle comprendra. Elle oubliera l’autre. 

Au pied du bâtiment, j’hésite pourtant. Ce que je m’apprête à faire est pitoyable. Est-ce que je veux être ce mari cocu qui vient supplier ? Ou celui qui s’emporte en lui foutant une gifle ? Non, je ne veux rien de tout ça. Je veux la récupérer, c’est tout. Mais alors quoi ? Des tremblements me secouent l’épaule. Décide-toi, pauvre larve ! À cet instant, je la vois sortir par la porte principale et se diriger vers le boulevard. Je commence à la suivre, mon cœur cognant violemment dans ma poitrine, mes jambes manquant de fléchir à chaque pas.

Elle finit par entrer dans un hôtel. C’est là que ça doit se passer, mais je peux encore l’arrêter. Je passe la grande porte et je l’aperçois en train de monter l’escalier. Mon esprit tourne à toute vitesse, essayant de trouver la meilleure façon de l’intercepter, de lui dire qu’elle ne doit pas faire ça, que je l’aime, qu’on peut tout réparer. Les mots se mélangent, ils n’ont plus aucun sens. Perdu dans mes réflexions, je l’ai laissé monter un étage. Je cours pour la rattraper. 

Trop tard. J’ai à peine le temps de la voir refermer la porte de sa chambre. Je m’avance jusqu’au seuil, incapable de frapper. Elle est là, dans cette pièce où elle s’est rendue seule. Personne ne l’y a obligé. Au contraire, elle est certainement tout excitée de son aventure. Elle a dû déposer son sac, sortir le bandeau dont elle se couvrira les yeux, et se préparer avec enthousiasme, pour ce salaud qui va venir la baiser. Soudain, une ombre apparaît à ma gauche.

— Excusez-moi, c’est ma chambre.

Un mec banal, en costard gris, me regarde avec sa clé magnétique à la main. Mon sang ne fait qu’un tour : je l’attrape par le col et le pousse sur toute la longueur du couloir. Ses pieds ne suivent pas, il dérape et s’affale au sol. Penché au-dessus de lui, je lève mon poing avec fureur. Une force incontrôlable me pousse à le détruire totalement, à le réduire en un tas de chair sanglante, à l’effacer de ce monde. Son visage n’exprime que frayeur, lâcheté et médiocrité. Est-ce vraiment lui qui se tape ma femme ? Je lui arrache la carte de la main, respire un grand coup et tente de ne pas hurler.

— Tu ne la contacteras plus jamais. Tu comprends connard ? Tu vas l’oublier. Si jamais j’ai le moindre doute, je détruirai tout ce qui compte pour toi. Tu m’as bien compris ?

Il hoche la tête sans oser prononcer un mot. Je me redresse et le regarde s’enfuir dans les escaliers. Et maintenant ? Je m’approche de la porte et glisse la carte. Bip ! J’abaisse la poignée.

J’entre dans une sorte de minuscule salon. Le sac à main de Delphine est posé sur une chaise. Ses vêtements aussi… Je n’arrive plus à respirer. Une culotte, que je n’ai jamais vue, traîne par terre, juste au seuil de la chambre. Une massue s’abat sur mon cœur. Une vague de rancœur et de haine me submerge. Espèce de pute ! J’y vais.

Elle est allongée sur le ventre, totalement nue, les jambes écartées. En entendant mes pas, elle relève les fesses en faisant glisser ses seins contre le matelas, jusqu’à dresser son cul de façon obscène.

— Bonjour, Maître. Votre Salope est prête pour vous.

Je reste figé, ne comprenant rien. Ou comprenant trop bien. Alors que je n’ai jamais voulu lui imposer une virilité envahissante, que je n’ai jamais insisté suite à un refus et, qu’au contraire, je me sentais coupable d’avoir pu évoquer certaines envies, je la retrouve s’offrant à un autre, soumise à sa perversité.

Je place mes mains sur son cul. Un frisson lui fait redresser les épaules. Salope ! Pour la première fois de ma vie, j’ai envie de lui faire mal. Vraiment mal. Et ça m’excite… Je me dégoûte. Ce n’est pas moi, putain ! C’est elle qui a fait naître ces sentiments en moi. Je la déteste. Alors je lève ma main et la rabats avec une violence dont je ne me savais pas capable. La claque résonne brutalement, sèchement. Elle pousse un gémissement de douleur, sa fesse droite marquée au rouge par l’impact. Elle inspire et…

— Merci, Maître.

Je n’en reviens pas. Est-ce vraiment elle qui se comporte ainsi ? Ma Delphine ? Comme pour amplifier encore ma stupéfaction, des pulsions inconnues se mettent à bouillonner en moi. Je bande comme si je venais de découvrir son cul. Une tension brutale gonfle en moi. Bam ! Je lui balance une autre claque, puis une autre, et encore une autre. Son cul prend une couleur écarlate. À chaque coup, elle me remercie de nouveau et se cambre toujours plus. Sa fente ouverte ruisselle sous mes yeux et fait enfler ma rage. Je me décale et lui balance une gifle cinglante en plein sur le clitoris. Elle se recroqueville d’un coup, bombant le dos et poussant un cri de douleur déchirant. Elle halète, serre les poings, mais reprend sa position.

— M… merci, Maître.

— Je t’en prie.

Un tressaillement lui fait brusquement pivoter le visage en même temps que son corps se crispe. Bien sûr, elle a reconnu ma voix. Mais elle ne bouge pas, ne prononce pas un seul mot. Pas de crise de larmes, pas d’excuses bidons. Elle attend. 

— T’es vraiment une sacrée salope.

Je lui gifle de nouveau la chatte, entraînant au passage un long filet de mouille. Elle étouffe un gémissement de douleur.

— Oui, Maître.

— Tu sais que je dois te punir, salope.

— Oui, Maître.

Je passe mes doigts entre ses lèvres dégoulinantes, les enduisant abondamment de mouille, puis je les colle contre son anus. Je le masse en appuyant de plus en plus fortement, jusqu’à y enfoncer deux doigts.

— C’est comme ça qu’on corrige une chienne ?

— Maître…

— Supplie-moi de te punir comme tu le mérites.

— Je vous en supplie, Maître. Punissez-moi comme vous le déciderez.

— Non. Sois précise, salope !

J’enfonce entièrement mes doigts au fond de son cul. Elle pousse un petit cri avant de me répondre.

— Enculez-moi, Maître. Je le mérite.

Je me redresse, debout au pied du lit. Je ne comprends rien à l’excitation qui s’empare de moi, mais ça fait des années que je n’ai pas ressenti une telle envie irrépressible de la baiser. Je vais la sodomiser, elle, Delphine, alors qu’elle avait toujours refusé d’essayer.

— Écarte tes fesses, salope.

Elle m’obéit sans un mot, offrant à ma vue son orifice intime. Est-ce que l’autre aussi l’enculait ? Cette pensée fait monter en moi une rage terrible. Je pointe ma queue contre son anus et je pousse sans ménagement. D’un seul coup, mon gland force l’entrée terriblement serrée. Elle pousse un cri. Merde ! Qu’est-ce que je suis en train de faire ? Soudain, j’ai l’impression de revenir à la réalité. Est-ce que je lui ai fait mal ? Je n’ose plus bouger.

— Ahh… Merci, Maître.

Ces répliques sont débiles. Mais elles m’excitent tellement. Alors je reprends ma progression au plus profond de ses chairs. Ma verge glisse lentement, mais inexorablement dans son rectum, jusqu’à y disparaître entièrement. Mon Dieu ! C’est serré, chaud et tellement lisse. C’est le cul de Delphine. J’encule ma femme ! Aussitôt, tous mes tourments s’évanouissent. Le coup de poignard du matin, l’angoisse et la panique incontrôlable de la journée, plus rien n’existe. Un sentiment totalement décalé de gratitude a tout balayé. J’aimerais juste lui dire à quel point je l’aime. Mais non. Surtout pas. Je le ferai plus tard.

— Rhaaa ! Ça se voit que tu as l’habitude, salope !

— Non Maître. C’est la première fois.

A-t-elle le droit de mentir à son dominant ? Je réalise toute l’absurdité de ma réaction, mais à l’idée d’être le premier, le seul, je me sens brusquement renaître. Je ne suis plus cette lopette, ce cocu ridicule, ce mari médiocre qui ne sait pas combler sa femme. J’ai envie de la prendre dans mes bras, de m’excuser de l’avoir délaissé, de ne pas avoir su être à son écoute… Est-ce qu’elle soupçonne mon émoi ? Pour la première fois, elle prend l’initiative de la parole : 

— Maître. Enculez-moi, encore, plus profondément, comme une pute, comme votre esclave, comme la chienne que dois être pour vous. Enculez-moi autant que vous le désirerez. Mon cul n’appartient qu’à vous, pour toujours. Pour la vie.

J’accélère mes coups de boutoir. Je sais bien qu’elle vient de me déclarer son amour, à sa façon étrange. Je n’en suis pas tout à fait certain, mais je crois que je commence à comprendre ce nouveau langage. On verra bien. Je me retire lentement en l’incitant à continuer d’écarter les fesses.

— Tu peux être fière, salope, tu as le cul totalement dilaté. Un superbe trou sombre et béant. Bon, retourne-toi et viens me sucer.

Elle ne me répond pas. Suis-je allé trop loin ? Même dans mes fantasmes les plus trash, je n’ai jamais imaginé ça. Lui demander de pomper ma bite qui sort de son cul, c’est clair, c’est dégueulasse. Mais je lui offre sans doute le meilleur moyen de prouver son abnégation.

— Êtes-vous certain, Maître ?

— Oui. Montre-moi que tu mérites de m’appartenir.

Elle s’approche, semble hésiter, prend une grande inspiration et enfourne mon sexe jusqu’à sa gorge. Sans attendre, elle bascule sa tête dans de rapides mouvements d’avant en arrière. Comme si elle n’avait espéré que ça. Brusquement, elle est prise d’un haut-le-cœur et paraît proche de la nausée, mais elle recommence aussitôt à pomper ma queue avec un entrain fantastique. Putain ! Ça vient déjà ! Je lui agrippe les cheveux, coince sa tête pour enfoncer ma bite et je lâche mon foutre tout au fond en rugissant.

Elle se dégage lentement, redresse le visage vers moi et ouvre grand la bouche pour que je puisse admirer sa langue, noyée dans mon sperme. Elle tente d’articuler quelques mots.

— Maître, ai-je le droit d’avaler ?

— Je t’autorise. Tu as été une bonne salope.

Le soir, une fois rentrés chez nous, tout reprend son cours comme avant. Elle me rappelle que la facture d’électricité n’est toujours pas réglée, je lui dis que sa mère a laissé un message, on mange en regardant la télé… Quand elle me rejoint au lit, c’est elle, finalement, qui aborde le sujet.

— Ce n’est pas facile de trouver l’équilibre dans… ce genre de relation. Mais je te propose quelque chose. 

— Oui, dis-moi.

— Disons que je vais me comporter normalement, tout le temps, mais qu’à n’importe quel instant, si tu m’appelles Salope, tu redeviens mon Maître.

— Hum. Oui, ça me va.

Elle me sourit et vient se blottir dans mes bras. 

— Delphine, tu sais que je t’aime plus que tout au monde ?

— Oui. Je le sais. Et malgré les apparences, tu as toujours été, et tu es, le seul que j’aime.

Je la serre fortement dans mes bras, lui embrassant les cheveux.

— Au fait, j’aimerais bien que tu dormes toujours entièrement nue.

— Rhooo. Mais si je dois me lever ? Non. Ce n’est pas pratique. Oublie ça, on trouvera d’autres idées.

— Mouais. C’est vrai… C’est pas pratique…

Un silence tendre s’installe. Elle caresse mon torse alors que je regarde au loin, en direction du plafond, une main caressant ses cheveux. Soudain, je m’aperçois que je fronce inconsciemment les sourcils.

— Je veux que tu dormes à poil, Salope.

Elle se lève, retire sa culotte et son t-shirt, et revient s’allonger dans mes bras, un sourire aux lèvres.