Aveuglés

Aveuglés - Nouvelle érotique de Chris Ressac
Une plongée brûlante dans la psyché d'un homme écartelé entre désir et culpabilité, entre passion brutale et tendresse sincère. Un huis clos troublant, cru, brutal, où les corps se dévoilent autant que les vérités. 

À travers un érotisme torride, c'est l'humain qui est mis à nu.

Une jolie culotte de soie, imprégnée du désir moite de ma meilleure amie, a fait vaciller mon existence. Tout débuta il y a cinq ans, au parc Montsouris. Comme chaque samedis, je faisais paresseusement mon jogging, traînant mollement mes jambes lourdes le long des allées, avec la motivation d’un poète face à une pile d’assiettes grasses.

Une fille me dépassa. Par réflexe, évidemment, je matais son cul. Joli ! Par respect pour cette perfection de la nature, j’accélérais ma cadence et, par amour de l’art, je gardais les yeux rivés sur l’arrière-train de la belle inconnue. Pendant de longues minutes, je caressais du regard cette croupe qui rebondissait gracieusement devant moi. Gauche, droite, gauche, droite. Toute la magnificence de la création se trouvait résumée dans ce balancier hypnotique. J’aurais pu continuer à admirer ce tendre spectacle durant des heures, sans jamais me lasser. À regret, cependant, je finissais par bifurquer, jugeant, malgré tout, mon attitude fort peu élégante. Au revoir, les jolies fesses.

Je la croisai de nouveau le samedi suivant. Puis encore celui d’après. Jusqu’au jour où elle vint s’asseoir sur le banc où je reprenais péniblement mon souffle. Elle se massait la cheville d’un air meurtri. Je lui demandai si tout allait bien.

— Pfff… Je ne sais pas. D’un seul coup, j’ai eu super mal dans le talon. Mais ça va passer. Merci.

Elle tenta de se redresser, mais sa jambe trembla et se déroba. Je la rattrapai in extremis, lui évitant de s’affaler au sol. Une décharge électrique me parcourut l’échine au contact de son corps chaud, ferme et moite.

— Il ne faut pas forcer. Il vaudrait mieux laisser reposer et voir un médecin. Tu habites loin ?

Elle passa un bras par-dessus mon épaule et je la raccompagnai jusque chez elle. J’avançais, pas à pas, la soutenant, mon bras glissé dans son dos, ma main pressée contre sa taille, son sein frottant contre mes côtes au gré de ses claudications. Un trajet dès plus agréables.

Quelques semaines plus tard, je reçus un message de sa part. Lina m’invitait à une exposition qui mettait à l’honneur quelques-unes de ces toiles. La première d’une longue série. Le courant passait bien. On discutait, on se marrait, on picolait et on se confiait l’un à l’autre. Sans que je m’en rende compte, nous étions devenus amis. C’est dans mes bras qu’elle avait pleuré quand elle avait rompu avec son mec. Et c’est à moi qu’elle annonça en premier qu’elle s’était mise en couple avec un autre gars, deux ans plus tard.

Lina, c’est plus qu’une femme. C’est la perfection incarnée, la force et la douceur entremêlées, la beauté et l’intelligence réunies. Un être bien trop sublime pour qu’on s’autorise à en tomber amoureux. Mais c’est mon amie.

Aujourd’hui, avec ses potes, on l’a aidée à mettre en place sa nouvelle expo dans une salle réputée du Marais. Pour nous remercier, elle nous a donné rendez-vous chez elle, à 19 h. Quand j’arrive à sa porte, avec un peu de retard, j’entends les éclats de voix étouffées de la petite troupe d’artistes à l’intérieur. Elle m’ouvre en affichant un superbe sourire. Les cheveux attachés en un chignon anarchique, un t-shirt usé, troué et échancré, un jean moulant bariolé de traces de peinture… Elle est décidément toujours aussi belle. J’entre, je dépose mon blouson sur le lit dans sa chambre et je rejoins les convives déjà bien échauffés dans le salon. Un verre à la main, ils discutent et s’enflamment à propos de sujets qui me dépassent totalement. Est-ce qu’un artiste doit forcément s’engager ? Est-ce qu’au contraire l’art doit se suffire à lui-même ? Est-ce que Damien Hirst se réduit à la spéculation ? Mouais… C’est qui ce Damien ? Au milieu de tous ces créateurs, j’ai toujours fait un peu tache. Je suis la bouteille de ketchup posée à la table d’un étoilé Michelin. Ils m’acceptent pourtant chaleureusement, parfois intrigués par la réalité triviale dans laquelle je vis.

Au milieu du tumulte, je remarque l’absence du mec de Lina.

— Éric n’est pas là ?

— Je crois qu’il est parti pour un mois à Berlin, me répond le sculpteur de cintres.

J’esquisse une vague moue et termine mon verre de punch. En tirant une bouffée sur ma cigarette électronique, un goût infect de plastique cramé me brûle les poumons. Dégueulasse. J’suis à sec. Difficilement, je me fraie un passage jusqu’à la chambre de Lina. Je récupère mon blouson dans la pile, je fouille la poche intérieure et j’y attrape un flacon quasiment plein. Sauvé ! Je dévisse rapidement le bouchon, mais celui-ci me glisse entre les doigts et part rouler sous le lit, comme s’il cherchait à s’évader. Super… Dans une semi-obscurité, je m’agenouille et tends vainement la main pour tenter de le retrouver. Putain ! Jusqu’où a-t-il bien pu aller ? Mes doigts tâtonnent à l’aveugle la moquette quand soudain ils rencontrent un bout de tissu. Je le saisis. C’est un string… Un string de Lina. L’espace d’un instant, je me sens comme figé, l’esprit incapable de réflexion. Je jette un œil vers la porte qui s’est quasiment refermée derrière moi. Non. Je ne devrais pas faire ça. Ce n’est pas bien. Et pourtant, je ne résiste pas. Par curiosité ? Par perversion ? Je ne sais pas, mais je déplie la délicate étoffe pour l’observer. De fines traces claires et sèches souillent la partie centrale. Oh mon dieu… Repose ça tout de suite, espèce de crétin ! Mais non. C’est plus fort que moi. Je porte la minuscule culotte contre mon nez et respire à pleins poumons. Je vacille. Quelle odeur enivrante ! Le sublime parfum de Lina. L’essence fauve de son sexe. Encore une bouffée. J’ai l’impression d’être un junkie sniffant un rail de coke après des mois d’abstinence. Mais putain ! Je suis vraiment un gros porc. Qui fait ça à sa meilleure amie ? J’essaie de reprendre mes esprits et je balance le string sous le lit. Les mains tremblantes, je remplis ma cigarette et je sors de la chambre. Le brouhaha de la grande pièce me rappelle la réalité. Allez, je vais foutre le flacon à la poubelle, avaler un dernier verre et rentrer chez moi.

Vers une heure et demie, les invités ont déjà pratiquement tous déserté. Histoire de pouvoir choper un métro, je décide de partir avec les deux derniers. Je retourne saisir mon blouson, le plus vite possible, mal à l’aise à l’idée de pénétrer de nouveau dans cette pièce. Sur le seuil, Lina m’adresse un sourire mi-triste, mi-amusé, et me serre fermement dans ses bras pour me dire au revoir. Son accolade, pleine de tendresse et d’affection, fait remonter la honte en moi telle une culpabilité indigeste. Si elle savait… Je quitte son appartement, les yeux au sol. Les marches de l’escalier, recouvertes d’une moquette rouge, usée par les années, défilent sous mon regard absent. J’enchaîne les pas de façon mécanique. Je voudrais me libérer de la lourdeur de ce que je suis. Le son de sa porte qui se referme nous parvient alors que nous avons déjà parcouru deux étages. Je semble être le seul à m’en apercevoir, les deux autres continuant leur discussion passionnée sur le cubisme, comme si je n’étais pas là. Tant mieux. Je n’ai pas envie de parler. Un léger crachin nous accueille dans la rue. Un temps maussade qui accompagne parfaitement mon humeur. Je quitte les deux mecs sans qu’ils y prêtent attention. Arrivé au métro, je fouille ma poche. Merde ! Où est-ce que j’ai foutu mon passe Navigo ? Je l’avais en venant, ça, j’en suis sûr. J’ai dû le faire tomber dans la chambre… Fais chier ! J’envoie un rapide message à Lina pour la prévenir que je reviens et je repars au pas de course vers chez elle.

Quand j’arrive, la porte est entrouverte. Je frappe discrètement. La voix de Lina me répond :

— Vas-y, entre.

Je referme derrière moi alors qu’elle me rejoint tout sourire.

— En fait, ça tombe bien que tu sois une tête de linotte. Je voulais te montrer un truc. Va m’attendre dans le salon. Installe-toi.

C’est foutu pour le métro, je prendrai un taxi. Deux larges canapés se font face dans la pièce principale, séparés d’une petite table basse. Je m’assieds et j’attends patiemment qu’elle revienne. Je suppose qu’elle souhaite me montrer une nouvelle toile. Je me mets inconsciemment à sourire. Mon avis en matière d’art n’est clairement pas le plus pertinent, cependant, pour une obscure raison, c’est toujours à moi qu’elle réserve la primeur de ses créations.

Mais elle revient sans être encombrée d’un imposant tableau. Elle se penche au-dessus de la table basse et y dépose quelque chose.

— Celle-là est encore chaude.

Et elle s’assied dans le canapé en face de moi. Un trouble sourd s’empare de moi. J’ose à peine regarder ce qu’elle a ramené. Elle me fixe, sans sourire, les sourcils relevés. Mon regard tremble en s’abaissant vers l’objet. Une petite culotte. Un simple bout de soie et de dentelle que je me prends dans la gueule comme une batte de baseball. Je serre les lèvres et relève les yeux vers elle. Elle me regarde sans la moindre expression. Putain ! Mais qu’est-ce qui m’a pris !?

— Bon, dit-elle, je dois te dire que je me suis vraiment sentie blessée. Tu comprends ? Oui. Je pense. Pour tenter de te racheter, maintenant, tu vas faire exactement ce que je te dis. Et, pendant les minutes qui vont venir, tu as carrément intérêt à être sacrément honnête. Tu m’as compris ?

J’imagine que j’ai une tronche de chien battu, la gueule d’un gamin qui s’est fait choper en train de piquer du fric à ses parents. Sauf que là, l’enjeu est bien plus grand. C’est l’amitié de Lina que je suis en train de perdre. Je chute vers le néant, sans aucune prise à laquelle me raccrocher. J’essaie, difficilement, de ne pas bafouiller en lui répondant.

— Oui. C’est compris.

— Prends la culotte.

J’écarquille les yeux, mais elle insiste.

— Allez !

J’attrape le tissu délicat d’une main fébrile et hésitante.

— Respire-la.

— Lina, je suis vraiment désolé. Tu ne sais pas à quel point je m’en veux…

J’aimerais balancer un « ce n’est pas ce que tu crois », mais qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? Elle me regarde sévèrement. Comme si je commençais sérieusement à l’agacer. Alors j’amène sa culotte à mon visage. C’est vrai, elle est encore chaude… et humide. Mes doigts glissent sur le liquide visqueux qui imprègne la double épaisseur. La mouille de Lina. Mes muscles se contractent involontairement le long de mon dos jusqu’à mon cou. Les yeux fermés, j’inspire profondément. C’est magnifique ! Un effluve envoûtant, pur, sans artifice ! Mais, mon Dieu, quelle torture ! Je bande déjà comme un malade, comme un débile qui ne comprend rien à rien.

— Alors, relance-t-elle ? Tu aimes ?

Elle espère de l’honnêteté ? De la franchise ? Mais chacune de mes réponses détruira notre amitié. Elle me force à saccager ce à quoi je tiens le plus. Je suis pris en tenaille, sans échappatoire, mais je m’y résous.

— Oui… J… J’aime.

— Oh ! T’aimes l’odeur de la chatte de ta meilleure amie. Tant mieux. Continue de renifler et branle-toi devant moi.

— Quoi ?!

— Tu ne penses pas que c’est un juste retour des choses ? Tout à l’heure, tu as violé mon intimité. Tu t’en rends compte ?

Elle appuie là où ça fait mal. Par colère ? Par déception ? Pour se venger de la blessure que je lui ai infligée ? J’aimerais tant revenir en arrière pour effacer totalement cette soirée. Mais la seule chose que je puisse faire, c’est de la laisser déverser sa rancoeur sur moi, et lui obéir. Si elle souhaite m’humilier, qu’elle le fasse. Je décroche ma ceinture, déboutonne mon pantalon et glisse ma main dans mon caleçon.

— Ha bah non ! Dis donc, mon coco, je veux voir !

J’avale ma salive. Elle a décidé d’y aller vraiment fort. Je lève un peu les fesses pour baisser mon froc et mon caleçon. Voilà. Ma queue se dresse, orgueilleuse, prétentieuse et affamée, face à cette femme que j’admire, lui exposant, agressivement, les pulsions violentes qui oeuvrent en moi. Lina reste muette, fixant alternativement mes yeux et ma queue, puis relève les sourcils d’un air de dire « alors ? ». Oui. C’est vrai, je suis censé me branler. Alors je m’y mets : la culotte moite collée sous le nez, je commence à m’astiquer sous son regard inflexible. Mon désir, aveugle à ma détresse, gonfle et me submerge, puis s’efface à nouveau, laissant place à ma culpabilité et à mes craintes. Je veux en finir au plus vite. J’accélère, mais aussitôt elle m’ordonne de ralentir.

— Ne sois pas pressé, on a tout notre temps.

Le visage appuyé au creux de sa main, elle reste silencieuse, comme perdue dans ses pensées, regardant mes doigts monter et descendre lentement le long de ma verge gonflée à outrance. Soudain, elle reprend la parole, semblant prolonger à haute voix ses réflexions intérieures.

— C’est marrant de te voir faire ça… Inconsciemment, je crois que j’imaginais que tu ne te branlais jamais. Je sais, c’est stupide. Tu le fais forcément autant que tous les autres. Tu mates des pornos pour t’aider ? Oui. Évidemment. Mais quel genre ? C’est quoi le truc qui te fait gicler à coup sûr ? Les scènes lesbiennes ? Le BDSM ? Les filles qui se font prendre par une dizaine de mecs ? Hum… Peut-être les éjacs faciales ? Ha, mais non ! Bien sûr, je sais ! La sodo ! Tu m’avais dit que c’était ta petite obsession. Halala ! Je te plains, mon pauvre. Tu dois rarement tomber sur des gonsesses qui acceptent. Du coup, tu compenses avec la branlette. C’est triste quand même…

Elle continue de m’observer en faisant une légère moue. Soudain, comme frappée d’une révélation, elle reprend ses piques assassines.

— Tu sais, Éric m’encule souvent. Mais attends, tu vas rire, c’est moi qui lui demande. T’imagines ? Lui, la sodo, c’est pas son truc. Si tu me voyais parfois, obligée de le supplier, juste pour qu’il me plante son énorme queue dans le cul. C’est cocasse, non ? Lui, la seule chose qui le fasse vraiment tripper, c’est que j’avale son foutre… Et depuis deux ans, je peux te dire que j’en ai avalé du sperme ! Des litres ! T’as jamais remarqué mon haleine ? Haha !

Est-ce qu’elle sait à quel point elle me fait mal ? Et à quel point elle m’excite en même temps ? Elle lance ses mots comme des flèches empoisonnées en direction de mon cœur. Ça me brûle de l’intérieur et, pourtant, ma queue se contracte encore plus fort sous mes doigts. Mon âme et mon corps se retrouvent écartelés dans des contradictions insolubles. Mais au-delà de tout, ce qui me blesse le plus est de ressentir une telle détresse en elle. Cette détresse que je ne réussis pas à m’expliquer et qui l’entraîne vers toujours plus de violence.

— Oh, mais j’y songe, tu n’as jamais vu ma chatte ! Tu veux que je te la montre ? Attends, tu vas me dire ce que t’en penses.

Elle se lève, retire son jean et se réinstalle dans le canapé, les jambes totalement écartées, les pieds en appui sur la table basse. Elle m’exhibe frontalement sa vulve luisante, étirant ses lèvres des deux mains. Instinctivement, je détourne le regard.

— Regarde ma chatte, putain !

J’obéis à contrecœur et me retrouve confronté à mes contradictions les plus brutales. Tourmenté, mais fasciné par le spectacle qui s’offre à moi. Je scrute le sexe ouvert de Lina, ses fines lèvres tendues, l’entrée de son vagin et ses chairs roses ruisselantes. Mon corps m’hurle de me jeter sur elle. Mon esprit se soumet, admettant que rien ne peut égaler tant de beauté.

— Alors ? Baisable ou pas ?

Chacune de ses phrases est imprégnée d’une amertume fielleuse. Ce n’est pas de la rancœur, c’est de la rage.

— Allo ?

— Oui. Elle… Elle est magnifique. Vraiment.

— Ha ? Cool. Tu aimerais la lécher ?

J’hésite. Que veut-elle maintenant ? Que je vienne à elle ? À moins que ce ne soit moi qui le veuille ? Parce que oui, mon Dieu, j’en ai tellement envie. Je m’apprête à me relever quand elle m’arrête.

— Reste où tu es. C’était une question rhétorique. Dis donc, t’as vu à quel point je mouille ? C’est fou, non ? Putain ! Regarde-moi ça. Ça dégouline. Tu ne te doutais pas que j’étais autant salope, hein ?

Elle caresse sa fente ouverte, y glisse un doigt puis le retire lentement entraînant un fin filet de mouille. J’aimerais m’abandonner, me laisser aller à contempler ce tableau sublime, la supplier de me laisser gouter à son désir… Mais elle relance continuellement ses phrases dévastatrices.

— Tu vois, tu croyais me connaitre, mais tu ne savais pas que je suis une sacrée salope. Je me tripote la moule tous les jours. Souvent plusieurs fois. Le meilleur, c’est quand je me branle en me fourrant un doigt dans le cul. Trop bon. Mais je n’arrête pas de parler de moi. Excuse-moi. Et toi ? Je parie que tu t’es déjà astiqué en pensant à moi. Tu imaginais quoi ? Laisse-moi deviner… Tu me sodomisais ?

J’inspire profondément, gonflant, sans y prendre garde, mes poumons de l’odeur légèrement iodée de Lina.

— Fff… C’est arrivé. Mais…

— Rhooo le salaud ! Tu m’as enculé dans tes rêves ? Et tu ne me l’as jamais dit. Remarque, je te comprends. Ce n’est pas simple à caser dans une conversation. Salut, ça va ? Bien et toi ? Au fait, j’ai envie de te démonter le trou d’balle. Hahaha ! Imagine la scène !

La gorge nouée, j’ai du mal à répondre. Est-ce que j’ai eu raison de me plier à ses règles ? N’aurais-je pas mieux fait de tout nier ? Trop tard.

— Il faut que je jouisse pour me calmer. Sois gentil, aide-moi. Dis-moi tout ce que tu aurais aimé me faire. Et, s’il te plait, ne fais pas ta mijaurée.

C’est un jeu d’une perversion rare. Impossible de savoir si mes actions, ou mes paroles m’éloignent de plus en plus d’elle ou pas. Qu’est-ce qui sera irrémédiable ? Puisqu’elle veut de l’honnêteté, elle va en avoir, mais je refuse de me plier à son scénario trash. Je commence par lui dire que j’ai toujours rêvé de l’embrasser, de connaître la chaleur de sa bouche, de sentir ses lèvres contre les miennes, de glisser ma main dans ses cheveux, d’entendre sa respiration devenir courte, nos peaux collées l’une à l’autre. Les yeux clos, le visage penché de côté, elle se caresse en se cambrant sur son canapé. Je lui avoue avoir fantasmé sur son corps, que j’aurais voulu le sentir onduler sous le mien, emporté par des vagues de volupté. Je lui parle de ses seins que j’aurais saisis à pleine main, que j’aurais léchés et sucés. Elle accélère, glissant par instant ses doigts profondément en elle, parcourant ensuite ses lèvres intimes et frictionnant à nouveau son bouton de plaisir plus fiévreusement. Mon Dieu qu’elle est belle !

— Continue, lance-t-elle en laissant s’échapper un petit gémissement.

— J’aurais voulu te lécher à t’en faire hurler, jusqu’aux limites du supportable. Tu m’aurais sucé avec passion, jusqu’à ce que j’explose au fond de ta bouche. Je t’aurais fait l’amour, face à face, en missionnaire, pour te voir jouir, je t’aurais baisé en levrette pour admirer ton dos, et ton cul.

Elle ne masque plus son plaisir. Elle gémit en se frictionnant énergiquement la chatte, dans un concert de clapotis ensorcelant. Sous mon regard. En écoutant mes paroles.

— La suite !

— Je veux coincer mon visage entre tes fesses et te lécher, te posséder entièrement, te prendre…

Elle pousse un hurlement de plaisir en se contorsionnant, pliant son corps à l’extrême. Lina, ma Lina, est en train de jouir devant moi. J’en oublie tout ce qui a précédé, comme si son extase irradiait tout l’espace. Rien n’est plus beau que ça. Elle reprend lentement son souffle, ses bras retombant mollement sur son corps exténué. Le silence se réinstalle. Je ferme les yeux, épuisé. Mais l’accalmie est brève.

— Bien. Maintenant, à ton tour. Branle-toi pour de bon. Je vais t’aider un peu, tu vas voir.

Elle bascule ses jambes sur le canapé, les replie contre elle et, d’une main, écarte ses fesses. Un éclair me foudroie de la nuque jusqu’au bas du ventre. Elle est en train de me montrer son trou du cul. Son magnifique petit orifice. Je perds l’équilibre, plus rien n’est rationnel. Je pense à cet homme qui a découvert le Machu Picchu, à cet autre explorateur qui fut le premier à observer les ruines d’Angkor, ou encore à celui qui mit à jour le tombeau de Toutânkhamon. Aucun d’eux n’a pu éprouver ce que je ressens maintenant. Aucun d’eux n’a pu voir l’anus de la sublime Lina, la plus secrète et inaccessible merveille au monde. J’ai envie de me jeter sur elle, de la prendre dans mes bras, de l’embrasser. Mais ce n’est pas ce qu’elle attend. Alors je commence à me branler avec une frénésie bestiale. Elle m’observe, sans ciller. Elle me regarde agiter mon poignet avec hystérie. Levant le visage, je croise son regard, ses grands yeux profonds qui plongent dans les miens, qui transpercent mon âme, qui me font toucher la sienne, et c’en est fini de moi. Je sens mon corps se crisper, la sève remonter du fin fond de mes couilles et gicler violemment, maculant ma chemise d’une quantité exceptionnelle de sperme.

Mon esprit est totalement vide. Ma volonté a lâchement fui face à ce déluge d’émotions contradictoires. Lina se lève et s’approche de moi. D’un doigt, elle étale mon sperme, puis le porte à sa bouche.

— Va prendre une douche, moi je vais dans la chambre. Essaye de reprendre des forces avant de me rejoindre. Pour une fois, je n’aurai pas besoin de supplier pour qu’on m’encule.

Et elle part, me laissant affalé dans son canapé, le jean baissé, couvert de mon foutre. Est-ce que tout ce qui vient de se passer est réel ? Cela ne semble avoir aucun sens. Ce n’est pas Lina. Je ne la reconnais pas dans cette fureur autodestructrice. Mon geste était irrespectueux, certes. Blessant, probablement. Mais est-ce que cela explique sa réaction ? Ça ne parait pas rationnel. Mais peut-être que je suis trop aveugle à ce que peut ressentir une femme, que ma vision est centrée uniquement sur moi-même, que je me complais dans une approche viriliste du monde. La fatigue s’empare de moi, comme une masse tombant à l’arrière de mon crâne. Je me lève difficilement, j’essaye de ne pas faire couler mon jus partout et je prends la direction de la salle de bain. Je viens de vivre l’expérience la plus excitante de toute ma vie, mais aussi la plus déstabilisante, la plus destructrice. Une mélancolie sombre se saisit de moi et m’entraîne vers les abysses d’un néant apaisant. De l’eau chaude et du savon, voilà, c’est tout ce que j’ai à faire.

Je me douche, me sèche et la rejoins. Je me fiche de ce qu’elle veut encore me faire subir. Je prendrai les coups, quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise. J’ai déjà tout perdu.

Elle m’attend, allongée nue, sur le ventre. En m’entendant arriver, elle relève légèrement les fesses.

— Viens me lécher l’anus.

Je suis là, face à la plus belle fille que je n’ai jamais vue, et elle m’offre son cul, le seul que j’ai réellement désiré. Mais je reste figé, paralysé. Je ressens toute la gravité des mots que je m’apprête à prononcer. Vais-je faire la plus grosse connerie de ma vie ? Qu’importe. Je ne peux pas tricher avec moi-même, encore moins avec elle. J’ose finalement lui répondre.

— Non. Ce n’est pas comme ça que…

— Tu n’as pas envie de m’enculer ?

— Si… enfin… Oui… Mais pas comme ça. Je ne veux pas que tu t’offres à moi, si ce n’est pas par amour.

— Tu te fous de moi ?

— Non Lina. Je n’ai jamais été aussi sérieux.

— Mais putain ! Je t’aime, espèce de connard ! Et tu le sais très bien ! Depuis le temps !

Je cherche mes mots, consterné, assommé, écrabouillé. Deux poids lourds, lancés à toute vitesse, viennent de se percuter de plein fouet. Et j’étais entre les deux. Qu’est-ce qu’elle me raconte ? Elle m’a traité de connard, OK, ça, je comprends. Mais le reste ?

— Que… mais… Et Éric ?

— Éric ? Je l’ai plaqué il y a deux mois. J’en avais rien à foutre de celui-là. Mais j’étais censée faire quoi ? Rester célibataire ? Tu m’as toujours relégué au rang de « bonne amie » ? La gentille copine dont tu viens sentir les culottes quand tu te lasses des sites pornos !

Elle éclate en sanglots, relâchant d’un coup toute la pression accumulée de la soirée. Et moi, stupide bonhomme, je commence tout juste à comprendre. Une vérité tragique s’impose à moi. Je m’abaisse vers elle.

— Tu as raison : je suis un connard. Parce que je n’ai jamais compris ce que tu ressentais. En effet. Mais surtout, je suis un connard parce que je ne t’ai jamais avoué que, depuis le premier jour, je n’ai toujours aimé que toi. J’ai été lâche. Tu es tellement…

Elle relève le visage, fronçant les sourcils d’un air dubitatif et méfiant.

— Oui. Je t’aime. Tu es tout ce que j’espère de la vie. L’intelligence, la sensibilité, le talent, la beauté… Tout. Tu es tout pour moi.

Elle esquisse un léger sourire triste et fatigué. Je prends son visage délicatement entre mes mains, je m’approche et l’embrasse. Ses larmes ont le goût de cinq années perdues. Elle se redresse pour me regarder, un petit sourire au coin des yeux.

— Mais… Tu vas quand même me lécher le cul, non ?