Pour la vie (Chapitre 3 : La lettre)

Un homme humilié et blessé par l’infidélité de sa femme se substitue, malgré lui, à son amant et bascule dans l’univers BDSM. Un texte qui explore avec force et humanité la complexité du couple, la brutalité des désirs et les conflits intérieurs. 

Delphine est encore endormie. Je me lève discrètement pour ne pas la réveiller, j’enfile un caleçon et je tourne le verrou de la porte. Au départ, on a culpabilisé en bloquant ainsi l’accès à notre chambre. Est-ce qu’Emma se ressentirait rejetée si elle s’en apercevait ? Mais l’idée qu’elle déboule à l’improviste, et qu’elle voie papa mettre son zizi dans la bouche de maman nous a convaincus. On ferme.

Quand un enfant arrive dans la vie d’un couple, tout est chamboulé. Ce nouvel être requiert une attention constante. Il devient le centre du monde et le couple s’efface devant lui, pour lui. Les legos, les peluches, les livres et les poupées envahissent le salon. Les murs se couvrent de dessins, le canapé est souillé de peinture, les étagères s’encombrent de photos de familles. Notre agenda se règle sur le sien. École, activités sportives, anniversaire des copines, devoirs, piano, nourrice, médecin… Et on est heureux. Réellement. Mais la passion du couple disparait. Elle n’a plus l’oxygène nécessaire à son épanouissement. On baise presque par obligation, supposant que c’est important. Impossible de faire monter progressivement le désir durant la journée. Comment glisser un « j’ai envie de toi » à l’oreille de Delphine, dans la salle d’attente de l’orthodontiste ? Comment entretenir l’excitation quand une pile de linge s’amoncèle à côté de la machine à laver, que le sol est recouvert de céréales écrasées et que mon manager m’envoie un mail à 20 h pour me demander si j’ai bien relancé l’équipe technique au sujet des ressources inutilisées ? Je crois qu’on ne se posait même plus la question. On avait passé l’âge.

Mais aujourd’hui, tout cela a changé. Les contraintes sont les mêmes, bien sûr, mais nous avons sacralisé un espace pour nous. D’autres trouvent certainement des moyens différents, peut-être par le biais d’activités sportives ou artistiques communes ou en fixant des limites plus franches avec leur enfant. Mais j’en doute un peu. Je vois trop de couples finir par mener solitairement leur besoin d’épanouissement personnel. Monsieur va faire de l’escalade; madame va au Pilate. Monsieur va mater un match avec ses potes; madame ira boire un verre avec sa copine. Même les instants libres finissent par éloigner les anciens amoureux. Par conformisme ? Non. Juste parce que c’est plus simple. Parce qu’on n’est pas fait pour mener tous les combats de front.

Emma est rivée à l’écran. Hypnotisée par cette lucarne dans laquelle un jeune sorcier binoclard explore les couloirs sombres d’une vieille bâtisse.

— Tu peux regarder encore un quart d’heure, ensuite tu vas t’habiller.

Elle ne répond pas. Je ne suis même pas certain qu’elle m’ait entendu.

— Emma !

Elle se retourne et découvre que je suis là. Je réitère ce que je viens de dire, lassé. Nos journées sont faites de ces répétitions. Je me fais un café, je l’avale et je vais enfiler un pantalon. Il y a un tas de casseroles sales à laver. Hier soir, je n’ai pas eu le courage. Je m’y attèle quand Delphine sort de la chambre. Elle m’a piqué un t-shirt. Elle embrasse Emma, puis moi, et elle fonce aux toilettes. En revenant, elle prend un bol et y verse du lait.

— Il faut qu’on achète du détartrant, dit-elle. Le lavabo de la salle de bain est dégueulasse.

Les mains pleines de mousse, cette réflexion me casse le moral. Elle a évidemment raison, mais cette phrase anodine résonne comme une saillie du quotidien banal qui refuse de battre en retraite.

— Oui. On doit aussi trouver un bouquin pour l’école.

J’hésite vaguement en regardant Delphine reposer la bouteille.

— Salope.

Elle jette un œil furtif à Emma, puis revient sur moi l’air amusé, mais un peu inquiet.

— Oui, Maître ?

— Trempe ma queue dans ton bol.

Je me concentre sur le gras des casseroles, cherchant par tous les moyens à ne pas bander. À l’abri de l’ilot qui nous sépare du salon, elle déboutonne mon pantalon rapidement, baisse légèrement mon caleçon, et plonge mon sexe dans le liquide immaculé. Putain, c’est froid.

— Mélange un peu.

Elle fait alors tourner ma bite dans son breuvage. Lentement. La crasse de l’évier n’est plus suffisante à calmer mon ardeur et ma verge se redresse.

— Bravo. Nettoie-moi ça et va prendre ton petit déjeuner.

Elle s’exécute, léchant et avalant sa touillette improvisée avec une gourmandise ostentatoire, puis remballe le tout et va s’assoir à côté d’Emma, emportant sa boisson.

Une fois que j’ai terminé, je les rejoins et je récupère l’assiette d’Emma et le bol de Delphine en lui demandant si c’était bon.

— Oui. Délicieux. Merci, M…

— Je t’en prie, Delphine. Ne tardez pas trop, on part au supermarché dans vingt minutes.

L’après-midi, on rejoint Sylvie, une bonne amie de Delphine, à la terrasse d’un café où elle nous attend en fumant clope sur clope. On se claque la bise et on s’installe. Les pipelettes démarrent au quart de tour. Je les écoute d’une oreille très distraite, jouant à un jeu de cartes avec Emma. J’ai une sorcière, un prince charmant couvert de morve et une poule en costume de centurion en main. Je crois que je n’ai toujours pas bien compris les règles. Soudain, la voix de Sylvie se fait plus discrète. Je tends l’oreille.

— Il n’arrête pas de me dire que je vais aimer, mais il me gonfle. Pourquoi les mecs sont obsédés par la sodo ? Ils n’ont qu’à aller se taper d’autres mecs ! J’ai pas raison ?

— Pfff. Tu sais, moi, je suis loin de tout ça. Sam n’aime pas ces trucs pervers. 

Mince : une licorne ! A priori, c’est plus fort que le dragon en slip. Emma éclate de rire et ramasse les cartes.

— Rhoo, reprend Sylvie ! Faut que je te dise ! Tu sais, Laura, la fille du département des achats, elle s’est tapé le livreur sexy, dans la salle des fournitures !

— Noooon ! La saloooope ! 

Là, je ne peux pas laisser passer ça ! L’occasion est trop belle. Je m’incruste dans la conversation, gardant les yeux sur mon jeu.

— Delphine, je trouve que c’est pas sympa de traiter ainsi une fille qui n’a rien fait de mal. Comment tu le prendrais si je t’affublais de ce nom de… Salope ?

Sylvie vient à sa rescousse, expliquant qu’il ne s’agit que d’une expression, que ce n’est pas méchant. Delphine s’est cependant redressée. Je vois à son regard que son esprit tourne à plein régime, cherchant un moyen de répondre. Elle se lance.

— Je pense que je comprendrais que, dans votre bouche, ce ne pourrait pas être une insulte — elle se force à tousser — Maître.

Bien joué. Elle s’en sort bien. Je ne vais pas pousser plus loin ce jeu dangereux, mais je m’autorise une dernière petite taquinerie. Je me penche à son oreille, pour lui faire un bisou, et je lui murmure d’aller aux toilettes, d’enlever sa culotte et de me la ramener. Elle se lève tandis que Sylvie s’allume une nouvelle clope.

— Papa, ça veut dire quoi salope ?

— Oh… Eh bien… C’est un très vilain mot pour décrire une femme qui fait ce qu’elle veut, même si cela ne plait pas aux autres. Mais tu ne dois pas le dire.

Delphine nous rejoint et me glisse discrètement sa culotte dans la main. Je mets fin à son supplice en prononçant son prénom.

— Delphine, ma chérie, on va vous laisser entre vous. On doit passer à la librairie. On se retrouve à la maison ?

— À tout à l’heure, mes amours.

Le soir, allongé dans notre lit à ses côtés, je lis le roman de science-fiction que je viens d’acheter. Une histoire qui se déroule dans un futur proche où les comportements sociaux ont été remis en cause suite à une pénurie énergétique. Une intrigue sans originalité. Mais il parait que c’est bien écrit et qu’il y a de nombreux passages sulfureux. Soudain, Delphine interrompt ma lecture.

— Traite-moi de Salope, s’il te plait.

C’est la première fois qu’elle me demande ça. Nous n’avons jamais défini de règle, mais, implicitement, je pensais être le seul à pouvoir déclencher cette bascule.

— OK. Qu’est-ce qu’il y a, Salope ?

—  Merci, Maître. Puis-je vous poser une question un peu délicate ?

— Je ne te promets pas de répondre, mais vas-y.

— Voilà, il y a presque deux semaines, vous… Enfin… Vous êtes passé par l’entrée des artistes. Vous n’avez pas apprécié ?

Mince. Je ne m’attendais pas à cette question. L’entrée des artistes… J’aime bien. Sous les draps, je sens déjà ma verge se réveiller en redressant lentement le bout de son gland.

— Si. Bien sûr. J’ai adoré.

— Mais alors ? Pourquoi… Bah… Pourquoi n’en profitez-vous pas ?

Dois-je lui dire que je doute qu’elle en ait vraiment envie et que j’ai peur qu’elle en souffre, d’une manière ou d’une autre ? D’une certaine façon, ce serait renier mon rôle de Maître et lui dénier son titre de Salope. Je dois trouver autre chose.

— Je vais te donner un exercice à faire : rédige-moi une lettre de motivation.

— Pour que vous usiez de ce droit plus fréquemment ?

— Voilà.

Elle se lève, vas chercher une feuille et un crayon, et reviens s’allonger.

— Non, Salope. Installe-toi en te tournant vers le pied du lit, les fesses en l’air.

Elle se retourne et je me retrouve à admirer son cul sous mon nez. Pendant qu’elle écrit, je tente de reprendre ma lecture, en vain. Mes yeux ne cessent de revenir sur sa fente délicatement ouverte, ses délicates lèvres roses et moites, ses fesses gracieusement écartées, et son anus sombre, superbe petit orifice fripé. Ma bite ne cherche plus à faire semblant et se dresse avec convoitise. Delphine est en train de rédiger les raisons pour lesquelles je devrais l’enculer plus souvent. Mon Dieu ! Comment rester maître de moi-même ? J’abandonne définitivement ma lecture.

Au bout de vingt minutes, elle tourne la tête vers moi.

— J’ai fini, Maître. Acceptez-vous de lire ?

— Donne-moi ça, mais ne change pas de position.

« Mon Maître,

Je vous demande humblement de lire cette requête que je vous adresse.

Il y a quelques semaines, vous m’avez fait l’honneur de me sodomiser pour la première fois de ma vie. En faisant cela, vous m’avez fait découvrir un univers que j’ignorais et, surtout, vous m’avez libérée. Je souhaite donc vous expliquer pourquoi je vous implore d’en abuser.

Je me suis perdue, croyant pouvoir retrouver une étincelle en explorant des chemins obscurs qui m’ont mené à cette chambre d’hôtel. Un dieu bienveillant devait cependant veiller sur moi et il vous y a guidé pour me sauver. Je traine malgré tout le fardeau de mes actes, une faute qui obscurcit mes pensées et qui entrave ma liberté. La sodomie, ce geste que je ne peux rattacher qu’à vous, représente ma rédemption. Ce n’est pas une dette que je vous paye. C’est ma façon de remettre de la lumière là où les ombres s’étaient immiscées.

Ne supposez pas que mon désir se borne à cela. Je vous veux dans mon cul pour bien d’autres raisons. Sachez, que rien ne me fait ressentir autant à quel point je vous appartiens et à quel point je peux m’abandonner. Votre queue, enfoncée dans mes entrailles, me libère de toutes les injonctions qui pèsent sur ma vie. Je ne suis plus dans l’imposture de cette femme forte, raisonnée, efficace et responsable. Je ne suis plus la directrice stressée ni la mère angoissée. Je suis juste votre femme, votre Salope, et vous m’utilisez pour votre unique plaisir.

Je dois aussi vous avouer des raisons plus difficiles à expliquer. Si vous daignez observer ma vulve trempée, vous comprendrez à quel point cela m’excite. Mais je ne saurais vous dire pourquoi. Peut-être parce qu’il s’agit d’un interdit ? Ou parce que j’ai le sentiment que cela me rend exceptionnelle ? Imaginez-vous que beaucoup de femmes écrivent de telles lettres à leur mari ?

Je sais aussi que vous avez toujours été sensible à cela. Vous me l’aviez laissé comprendre, il y a longtemps, avec retenue et respect. Je sais que cela représente une obsession tenace que vous canalisez avec effort. Je l’ai senti quand vous avez ouvert mon anus. Vous n’étiez plus que désir brut, sans fard ni masque, animal dévasté par vos pulsions et… votre amour. S’il vous plaît, partagez cela avec moi. Ne me laissez pas à l’écart.

Pour tout cela, et bien d’autres choses, je vous implore de m’enculer quand l’envie vous en prend. Sans analyser. Sans tenter de savoir si c’est le bon moment. Prenez mon cul pour vous satisfaire… et combler votre Salope.

Merci, Maître. »

Je repose la lettre sur mon ventre. J’ai dû relire plusieurs fois certaines phrases pour en comprendre le sens profond. Je viens de recevoir une leçon. Je ne dois pas me contenter d’être un chef d’orchestre. Je dois m’impliquer en acceptant de me mettre entièrement à nu. Je dois me montrer tel que je suis en assumant toutes mes pulsions. Même celle que j’ai toujours voulu retenir.

Je me redresse et pose mes mains sur son cul. Je dois faire ce dont j’ai envie, lui laisser voir ce qui me tiraille, ce qui m’excite, ce qui m’émeut. Je lui écarte les fesses et descends mes lèvres le long de son sillon secret. Je prends mon temps. Pas pour masquer mon empressement ni pour lui être agréable, mais juste pour savourer cet instant. J’embrasse son anus en l’effleurant, comme une fleur fragile et précieuse. Je me sens si bien, tellement apaisé malgré la fièvre qui s’empare de moi. Ma langue se fait large pour venir recouvrir l’orifice intime de celle que j’aime. Je la lèche, de haut en bas, de gauche à droite, laissant le désir s’accroître en moi. Mes mains se font plus avides et étirent encore plus les masses charnues qui encadrent mon visage. Ma langue se tend et s’insinue là où elle ne devrait pas, forçant l’entrée interdite. Avec délice et détermination, elle cherche à s’introduire toujours plus profondément. Les soupirs d’allégresse et d’envie de Delphine font gonfler mon appétit. L’anneau sacré se détend peu à peu, m’offrant un passage vers mes inclinations les plus inavouées. Je voudrais glisser jusqu’au fond d’elle.

Je me redresse, bave abondamment sur ma queue et viens la plaquer contre le cul de ma femme. Je m’enfonce lentement, profitant des sensations exquises que cela me procure, laissant s’échapper mes râles de plaisir. Delphine pousse un long gémissement de satisfaction au fur et à mesure que j’envahis ses chairs. J’agrippe fermement ses hanches et termine par m’engloutir, totalement.

— Putain ! Ton cul ! Ton cul me rend fou !

— Il est à vous, Maître.

Aucun homme n’a connu la plénitude absolue que je ressens actuellement, ma queue entièrement plongée dans le rectum de Delphine. Je ne suis plus son Maître. Je suis son esclave submergé de gratitude. Je veux le lui hurler. Mais je ne dois pas. Et puis merde !

— Je t’aime, Salope, tu n’imagines pas à quel point.

— Je sais, Maître. Je le sens.

Et je commence mes va-et-vient, profond et lent. Elle soupire lascivement, se cambre, ondule sous mon regard. Je souhaiterais faire durer cet instant indéfiniment, mais une tension irrépressible s’impose à moi, comme un réflexe primal surgissant du fin fond de mon être. J’accélère. Je veux jouir au fond d’elle. Dans son cul. Elle gémit. Fort. Les doigts crispés sur les draps. Putain ! Même comme ça… Même quand je l’encule. Elle est belle. Comme une déesse. J’arrive au point de rupture. Je m’enfonce au plus loin pour me déverser en elle. Mon plaisir explose dans un rugissement qui remonte de mon sexe jusqu’à ma gorge. Elle pousse des gémissements stupéfiants qu’elle étouffe dans le matelas.

— J’ai joui, Maître. J’ai joui !

Est-ce réellement possible ? Dit-elle ça pour me faire plaisir ? Je ne l’imagine pas me mentir. Pourtant, il ne me semble pas que ce soit physiologiquement possible de jouir ainsi. Je me renseignerai demain sur le net. Maintenant, je veux juste qu’elle se presse contre moi.

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