Pour la vie (Chapitre 2 : Restaurant)

Un homme humilié et blessé par l’infidélité de sa femme se substitue, malgré lui, à son amant et bascule dans l’univers BDSM. Un texte qui explore avec force et humanité la complexité du couple, la brutalité des désirs et les conflits intérieurs. 

Cela fait trois jours maintenant que notre relation s’est réinventée… par accident. Je ne me suis pas senti aussi bien depuis longtemps, mais, par instants, une curiosité morbide vient me tourmenter. Pourquoi ce mec ? Comment l’a-t-elle rencontré ? Combien de fois se sont-ils vus ? Des interrogations entêtantes qui font planer une ombre néfaste sur nous. Est-ce que des réponses m’apporteraient quoi que ce soit ? Non. Rien. Au contraire. Je dois enterrer ces questions profondément, les couler dans un béton de plusieurs mètres et ne jamais y revenir. Et, tant qu’à faire, je balance ce mec en costard gris avec. Adieu, gros con ! Quelles qu’en aient été les raisons, et quoi que cela ait pu signifier, je dois considérer qu’il ne s’agissait que d’un coup de pouce, un peu vicieux, du destin pour faire revivre notre couple. Rien d’autre.

De plus, je dois rester concentré sur le moment présent. Le rôle que j’ai pris, sans le comprendre sur l’instant, n’est pas accompagné d’un trône sur lequel je pourrais me vautrer en tyran tout puissant. Être le « Maître » de Delphine ne signifie pas que je puisse donner libre cours à mes fantasmes au gré de mes caprices. Non. Ce costume que j’ai endossé est une responsabilité plus qu’un privilège. Il m’oblige. Car le centre de gravité de cette relation nouvelle, ce n’est clairement pas moi. C’est elle. Chacun de mes actes doit être pensé pour l’impact qu’il aura sur elle. Je crois d’ailleurs que c’est ce qui m’excite le plus. Le contrôle que j’ai acquis n’a qu’un but : l’éveiller, la surprendre, l’exalter, la faire se sentir vivante, à tout instant. Et pour cela, je dois m’appuyer sur mes pulsions, mes envies et mes obsessions. Et non les rendre centrale.

Le premier jour, j’ai passé la matinée à me documenter sur le web. Est-ce qu’il y avait des choses importantes à savoir quand on débute dans le domaine de la « domination » ? A priori, oui. Un sacré paquet ! C’est un monde surchargé de règles, de codifications, de rituels, de contrats, de listes, de mots de sécurité, de symbolique… Un monde où le dominant est un mâle alpha, saturé de puissance incarnée, mu par un esprit de compétition et certain de sa supériorité. En bref : pas moi. Au cours de ces lectures, j’ai pu glaner divers conseils intéressants, et identifier quelques pièges à éviter, mais je suis arrivé à la conclusion que nous n’étions pas un couple BDSM. Après tout, Delphine n’est pas ma Soumise : c’est ma Salope. Et j’aime cette subtile distinction. Cela reflète mieux la force intérieure de ma femme, sa volonté, son intelligence et sa liberté profonde.

Hier soir, jugeant que c’était important, j’ai utilisé le mot magique. Une pipe, une fessée et une levrette énergique. À peine terminé, j’ai compris que j’avais merdé. Elle ne m’a pas accordé cette emprise sur elle pour que je finisse par reproduire le train-train répétitif d’un couple banal. Il ne s’agit pas d’un jeu de rôle pour pimenter gentiment nos parties de jambe en l’air. Je dois m’investir, prendre ça au sérieux. Au travers de ce que je lui demande, elle doit se sentir unique, à part, hors du commun. Le but n’est pas l’orgasme. Pas seulement, en tout cas. J’ai donc pris cette décision : notre quotidien ne doit jamais être comparable à celui des autres. Il doit être marqué au fer de l’exigence, du décalé et de l’inavouable. Et il doit être ponctué d’événements percutants et mémorables. Après y avoir réfléchi longuement, j’ai demandé à la nourrice de rester avec Tom ce soir et j’ai réservé une table pour deux, dans une brasserie chic du boulevard Saint-Marcel.

J’arrive avec un peu d’avance, comme d’habitude. Le serveur me mène à ma table et me demande, d’un ton mielleux, si je souhaite boire quelque chose en attendant madame. Je lui commande un whisky. Inconsciemment, j’ai sans doute été influencé par ces histoires de mec hyper charismatique qui imposent leur présence virile tout autour d’eux. Idée stupide. Je n’aime pas du tout ce genre d’alcool. Tant pis pour moi.

Dans le miroir, je finis par voir Delphine qui me cherche du regard. Qu’elle est belle ! Je lui fais un signe de la main. Elle me répond d’un hochement de tête et se fraye un chemin entre les tables, illuminant tout l’espace de son sourire radieux. Elle porte un chemisier blanc, très légèrement bouffant, un jean moulant et des sneakers. Une élégance simple tout à son image. Un petit bisou, un « bonsoir, mon amour » et elle s’assied face à moi. Le serveur nous apporte le menu, nous récite la liste des plats du jour, et retourne s’occuper des autres clients. Jouant machinalement avec le médaillon à son cou, elle parcourt la carte d’un air vaguement absent. Elle a forcément compris que j’ai quelque chose en tête. A-t-elle peur d’être déçue ? Je chasse vite cette idée de mon esprit. Bien ! Je sais ce que je vais prendre. 

— Pour moi, ce sera le filet de bar.

— Je me tâte… Pavé de rumsteck ou confit de canard ? Allez, va pour le pavé. 

En attendant que l’on vienne prendre notre commande, on discute un peu. Elle me parle de la fusion entre son entreprise et une plus petite, des tracas que ça génère dans les bureaux, de la probable augmentation qu’elle peut espérer en ayant plus de responsabilités. Je la questionne sur le poste qu’on lui propose, sur les horaires, le nombre de personnes qu’elle aurait à gérer. Je n’ai jamais été gêné qu’elle gagne plus que moi, mais j’avoue que mon ego est un brin titillé à l’idée que l’écart se creuse encore. Peut-être que je devrais aussi accepter le job qu’un chasseur de têtes m’a partagé il y a peu.

En voyant le serveur se diriger vers nous, je fais signe à Delphine de se taire et je me penche un peu vers elle.

— Je vais passer la commande, Salope.

Elle plisse légèrement les yeux, me fixant d’un regard profond qui me transperce, puis se redresse d’un air posé, les mains croisées sur le bord de la table.

— Madame prendra le pavé de rumsteck, bleu. Pour moi ce sera le filet de bar. Amenez-nous aussi une bouteille de pouilly-fumé, bien fraîche.

— Avec plaisir.

Quelques minutes plus tard, le sommelier vient déposer le seau à glace et me fait goûter le Sauvignon avant de nous le verser dans nos verres. Une fois qu’il est parti, je m’avance, les coudes sur la table, le regard plongé dans celui de Delphine.

— Tu vas te lever, faire semblant d’avoir vaguement mal au ventre, et te diriger vers les toilettes.

Elle fronce, presque imperceptiblement les sourcils, et obéit. Je quitte la table en même temps qu’elle, la prenant par la taille et posant mon autre main sur son épaule. Je la guide vers l’endroit que nous indiquent de discrètes flèches accrochées aux murs. Une jeune serveuse, inquiète, nous demande si tout va bien.

— Oui, rien de grave.

On descend un petit escalier étroit en colimaçon et nous arrivons aux sanitaires. Je pousse Delphine vers la pièce réservée aux femmes, la fais entrer dans une des cabines vacantes et je nous y enferme. Je reste, face à elle, sans rien dire, mais exprimant mon attente d’un haussement des sourcils. Elle baisse les paupières, les relève et :

— M’autorisez-vous à vous sucer, Maître ?

— Vas-y. Mais ne traîne pas. Je ne veux pas manger froid.

Un sourire au coin des yeux, elle se mord la lèvre inférieure et me fixe du regard. Puis elle s’agenouille devant moi. Délicatement, elle déboutonne mon pantalon, le fait légèrement descendre, puis libère ma queue tendue de mon caleçon. Je bande depuis au moins vingt minutes. Elle observe ma bite comme elle ne l’a jamais fait auparavant. La bouche entreouverte, elle semble contempler un objet précieux et unique. Elle caresse son visage avec mon gland, embrasse ma verge sur toute sa longueur, fait glisser sa langue de bas en haut, puis recommence. Ses gestes sont tendres, passionnés et lubriques à souhait. Mon Dieu ! Elle a l’air fascinée, envoûtée et obsédée par mon sexe. C’est con un mec, je sais. Mais, putain, c’est tellement bon de la voir agir ainsi ! Elle pose ses lèvres autour de mon gland et les fait coulisser le long de ma peau pour m’avaler au plus profond. Alors, elle commence à me pomper en même temps qu’elle me branle, avec une ardeur sidérante. Elle est en train de me traire comme une addict au foutre qui aurait été privée trop longtemps. 

— Putain, tu suces trop bien.

J’ai oublié de lui donner son nom. Pas grave, je sens déjà que je viens. Je prends son visage entre mes mains en même temps que je lâche une journée entière d’excitation dans sa bouche.

— Whaou ! Tu es vraiment digne de ton titre, Salope.

Elle libère lentement mon sexe et, avec son pouce, presse doucement mon urètre, du bas vers le haut, pour en extraire une dernière goutte de liquide blanc visqueux qu’elle récupère du bout de la langue. Elle lève le visage, me montre sa récolte, attendant que je l’autorise à ingurgiter ma semence.

— N’avale pas. Garde ça.

Elle écarquille les yeux, fronce les sourcils, mais obtempère. Elle se relève et j’ouvre la porte. Une vieille dame nous observe d’un air choqué.

— Ma femme ne se sentait pas bien. Un truc qu’elle n’a pas pu avaler…

Nous remontons et retournons nous asseoir, en silence. Je scrute son regard. Elle semble vraiment excitée. Sublime. Cette femme magnifique se tient là, la bouche pleine de mon foutre, au milieu de ces gens aux existences mornes. Une vague de chaleur me gonfle les poumons. J’ai réussi à la surprendre.

Je saisis mon verre et prends une gorgée de ce vin frais, subtilement fruité, sans lâcher Delphine des yeux.

— Je sais que tu préfères ce que je viens de te servir, mais, quand même, ce blanc n’est pas dégueulasse.

Le serveur arrive, les bras encombrés et dépose nos assiettes. Sa politesse parait totalement décalée et ridicule. D’un geste paresseux, j’attrape mes couverts, coupe un petit bout de poisson et l’amène à ma bouche. Je mâche, sans me presser, puis j’avale.

— Bon. Ce n’est pas exceptionnel, mais ça passe.

Delphine reste stoïque devant son assiette. Par perversité, je la fais patienter encore un peu. Je prends une gorgée de pouilly, en ralentissant chacun de mes mouvements, puis je plante ma fourchette dans un second morceau.

— Tu peux avaler, Salope.

Elle déglutit, me fixant de ses grands yeux.

— Merci, Maître.

Le dîner se poursuit dans un silence équivoque qui nous enveloppe et nous isole. Nos rôles nous interdisent de laisser pénétrer l’acide du quotidien dans notre bulle. Impossible d’évoquer tous ces sujets qui érodent, peu à peu, notre soif de vivre en nous rabaissant continuellement à des tâches d’intendance. Rien n’a disparu, bien sûr, mais, en cet instant, nous nous accordons le droit de les ignorer. Aucun mot n’est nécessaire. Notre complicité est totale et rien ne pourrait nous en faire douter.

Quand on se lève pour payer l’addition, elle s’approche de moi.

— J’ai besoin de passer aux toilettes, Maître.

— Plus tard. Une grande fille comme toi peut bien se retenir un peu. Allez, viens.

Elle semble ne pas comprendre, mais se ressaisit et se dirige vers la sortie pour m’y attendre. Nous quittons le restaurant, bras dessus, bras dessous, et prenons la direction de notre appartement. Nous n’avons qu’environ six-cents mètres à parcourir, mais je ralentis volontairement notre marche, empruntant même quelques détours. Je sens la main de Delphine qui serre mon bras. Je suis assez fier de ma petite perversion puérile. Au bout de quinze minutes à errer au hasard dans les rues, je me décide à rompre le silence.

— Au fait, Salope, tu as toujours envie de pisser ?

— Oui, Maître.

Je l’entraîne alors dans une impasse sombre, examinant les véhicules garés sur le côté. 

— Voilà, tu peux te soulager ici.

Je lui indique l’espace libre entre une fourgonnette et une vieille Peugeot qui semble abandonnée. Delphine prend une profonde respiration.

— Merci, Maître.

Je l’observe se mettre à l’abri des regards derrière l’utilitaire, jeter un œil inquiet aux alentours et descendre son pantalon avant de s’accroupir. Je lui tends une main qu’elle saisit et se met à uriner dans le caniveau. C’est la première fois que je la vois pisser. Après tant d’années… Les sons de sifflements, de ruissellement et de petites éclaboussures s’atténuent, puis s’arrêtent. Je lui tends une serviette que j’ai volée au restaurant.

— Tiens, tu peux t’essuyer.

Elle passe le tissu élégant entre ses cuisses et l’abandonne dans la flaque chaude qui stagne sous ses pieds. Elle se relève et s’apprête à remonter son jean, mais je l’interromps.

— Penche-toi et avant contre le fourgon. J’ai envie de te baiser, Salope.

Elle se retourne, plaque ses coudes contre la porte arrière du véhicule et se cambre. Dans la pénombre de cette ruelle déserte, son cul se présente à moi telle une perle blanche au sommet d’un tas d’ordures. Je sors rapidement ma bite pour l’écraser contre sa croupe en me penchant vers son oreille.

— Je vais te baiser comme une pute, Salope.

Je fais glisser mon membre entre ses fesses et le colle contre son anus. Elle sursaute en laissant s’échapper un petit « oh ». Mais je continue de descendre, jusqu’à son orifice moite, et je la pénètre d’un seul coup. Elle pousse un léger cri de surprise mêlée de soulagement.

— Putain, ma Salope, c’est rentré tout seul ! C’est pas possible de mouiller autant !

Je lui attrape fermement les hanches et j’attaque, directement, en la pilonnant énergiquement. Pas de lents mouvements pour l’apprivoiser, pas de caresses suaves, pas de gestes tendres. Juste ma bite qui lui ramone vigoureusement la chatte. Les grincements rouillés de la fourgonnette accompagnent les clapotis obscènes de nos sexes emboîtés. Delphine répond à mes coups de boutoir par des gémissements étouffés de moins en moins contenus. J’accélère, elle relève la tête. Elle ne maîtrise plus rien. Le plaisir la submerge. Sa voix se libère. Ses vocalises lubriques résonnent contre les murs ternes des bâtiments endormis. Au deuxième étage, une fenêtre s’illumine. Le rythme s’intensifie et la mélodie indescente se transforme en une suite d’halètements saccadés, impatients et suppliants. Elle sent l’orgasme venir et m’implore de le lui offrir. J’enfourne ma bite avec encore plus de vigueur, jusqu’au point d’orgue. Delphine lâche un hurlement d’extase impudique long et soutenu. Puis ses épaules retombent.

— À genoux, Salope. Ouvre grand la bouche.

Elle se presse de se retourner et je me branle frénétiquement, mon gland posé entre ses lèvres. Je sens la contraction se propager de mes couilles à ma queue et mon foutre gicle sur la langue de ma belle. Une fois, deux fois, trois fois…

— N’avale pas, Salope. Et dépêchons-nous de décamper. Tu n’as pas été discrète.

Sur le chemin du retour, Delphine se tient à mon bras, le visage appuyé sur mon épaule. On marche lentement, à la lueur des réverbères, profitant pleinement de l’instant. Peut-on imaginer une scène plus romantique ? À quelques pas de l’appartement, je fais une pause pour la serrer dans mes bras. Je pose mes mains sur ses joues afin de la contempler.

— Tu es magnifique. Vraiment. Tu es si belle.

Son regard est tendre, complice et rayonnant de vie. Elle semble heureuse. Moi, en tout cas, je le suis. Je la prends contre moi, l’écrasant contre ma poitrine.

— Tu as le droit d’avaler maintenant, Salope.

Laisser un commentaire